LES BERLINES

11 mars 2015

 

 

Photo de couverture

La distribution de lait aux enfants existe encore dans certaines écoles après la publicité qu'on a faite voici quelques années sur les qualités de cet aliment.

Elle continue en colonie de vacances

 

MEDIASCOPIE

ou "radioscopie"  écrite d'un "media" de propagande du capitalisme monopoliste d'état classé "SECRET DEFENSE"

 

La presse d'entreprise: "Douai Mines"

 

LE SOMMAIRE

 

 

 

En couverture: En colo, le verre de lait...

2. Publicités et petites annonces

3. Sommaire

4. Les lauréats du concours des bourses des mines... et publicités

5. Défendons notre charbon

6 et 7. Colonies de vacances

FITZ JAMES: La vie de château

ROYE: La colonie du bonheur

8. Le prix semestriel de Sécurité

à la fosse Lemay

9. Charbon actualités

A travers le monde

10 à 13. Les énergies en compétition

les énergies de demain: soleil, vent, volcans, marées

14 et 15. Faisons le point

Le plan d'adaptation des charbonnages

16 à 19. L'action sociale en faveur des mineurs et de leurs familles

Les assistantes sociales des houillères et celles de l'Union Régionale...

20 et 22. Le tourisme est à votre porte

Le Boulonnais (par Jean Lestocquoy)

22 et 23 Les conseils du jardinier

... Un institut de beauté

24. Pic et Briquet "Mystère dans la mine"

25. Départs en retraite

Résultats d groupe

Poème en patois de Léonce Bartier

26 et 27. Les médailles du travail

28 et 29. Vacances des Jeunes

30. Le carnet familial "Chez Nous"

31. Les sports

Nos jeunes mineurs à la piscine de Douai

La Vaillante d'Auberchicourt à Thonon

Et aussi: Colombophilie à Pecquencourt

32. Les Amis du Vieux Château de Sin-le-Noble à l'heure du spoutnik

Avion: Concours International d'Accordéon

Les bénéficiaires du séjour de La Napoule

 

 

Les lauréats du concours des Bourses des Mines

            La proclamation des résultats du concours des bourses des mines nous apporte chaque année de très vives satisfactions. C'est en parti­culier dans la série «T» que les enfants du Groupe de Douai se distin­guent. Cette année encore la moitié des lauréats provient du Groupe de Douai. Le major Henri Sclavon qui a fréquenté l'école de la Sucre­rie de Sin-le-Noble a obtenu une moyenne de 2,35 supérieure à celle du second Jean-Pierre Cecchini de Dechy. On trouve en 4° position Jean-Pierre Fabisch de Notre-Dame et Daniel Genge à la 6° place. (NDL: la liste complète peut être fournie à toute personne en faisant la demande). Nous adressons toutes nos plus vives félicitations à tous ces lauréats ainsi qu'à leurs instituteurs. NDL: la ségrégation anti-féminine sévissait sec! (Cf. ci-après) ...

 

NOTA: Les candidates reçues au Concours et classées après le n° 253 (c'est-à-dire après Ringeval Jacqueline) ne peuvent obtenir de bourse en raison de la règle limitant à 15% du total des bourses masculines, le nombre des bourses féminines.

 

DÉFENDONS NOTRE CHARBON

 

 

Vue en coupe d'une installation moderne de chauffage aucharbon

 

                Dans notre dernier «DOUAI MINES», nous avons montré qu'à chaque problème de chauffage, il y avait une solution charbon. Nous avons également écrit que le chauffage au charbon était nettement plus économique que le chauffage aux combustibles liquides; c'est cette dernière affirmation que nous allons démontrer aujourd'hui. Imaginons une installation de chauffage central comprenant 8 radiateurs et dont la puissance est de 20000 calories/heure. L'expérience a prouvé que les calories nécessaires annuelle­ment pour le chauffage central d'une habitation correspondaient à 1600 heures de marche à pleine puissance de la chaudière. Il faudra donc, dans notre cas, fournir 32 millions de calories par an; ces calories pourront être produites soit par une chaudière équipée d'un brûleur à fuel domestique, soit par une chaudière auto­matique à grains maigres.

            Quelle est la solution la plus économique?

            La combustion d'un kilogramme de grains dégage 7680 calories et celle d'un kilogramme de fuel domestique 9900 calories. Les essais en laboratoire ont montré que les chaudières auto­matiques au charbon, de même que les chaudières au fuel, utilisent environ 80% des calories contenues dans le combustible. Par conséquent,

            un kilogramme de charbon fournira 7680 x 80% = 6144 calories

            et un kilogramme de fuel domestique 9900 x 80% = 7920 calories

Le chauffage de notre habitation nécessitera par an:

            32.000.000: 6144 = 5,2 tonnes de grains maigres

            ou 32.000.000: 7.920 = 4,040 tonnes de fuel domestique.

Comparons les prix (le prix de transport étant en moyenne de 10 NF la tonne):

            - Une tonne de grains maigres vaut actuellement sur nos carreaux de vente 100,50 NF.

            - Une tonne de fuel domestique vaut 221,90 NF rendue domicile.

            - au charbon: (100,50 + 10) X 5,2 t = 574,60 NF (57.460 F)

            - au fuel: 221,90 x 4,040t = 887,60 NF (88.760F)

L'économie réalisable par l'emploi du charbon sera de 313 NF (31.300 de nos anciens francs) par an, soit 35% environ. La preuve est donc faite: le charbon est plus économique.

            Ajoutons à cela que le prix d'une installation aux combusti­bles liquides est plus élevée que celui d'une chaudière automatique au charbon et nous aurons un bilan très avantageux à présenter aux particuliers encore tentés par ces combustibles liquides.

            Pourquoi cette tentation?

- Parce que ces particuliers ne sont pas au courant des progrès réalisés dans le domaine de l'utilisation du charbon.

- Parce que les représentants des produits concurrents établissent des comparaisons entre une installation moderne au fuel et une installation ancien type au charbon et que, dans ce cas, le bilan est plus favorable au fuel.

         Le problème est donc de connaître à temps les personnes intéressées à une question de chauffage, pour les renseigner, et les conseiller. Peut-être en connaissez-vous? Peut-être entendrez-vous un client dire qu'il va réaliser une installation au fuel? Signalez-le d'urgence au Service Commercial du Groupe qui défendra la position de notre charbon en s'efforçant de donner entière satisfaction aux intéressés.

 

FITZ JAMES

La vie de château

 

            Les enfants de la colonie de Fitz James ont vécu trois semaines la vie de châtelain. Chique jour un service impeccable dirigé par M. Chappe très bien secondé par M. Asquin, s'est occupé de procurer aux enfants une nourriture saine, abondante et délicieuse. Et puis les moniteurs et les monitrices se sont chargés de les divertir. Nous n'avons pas pu assister à tous les jeux, faute de temps. Nous avons vu beaucoup d'activités sachant qu'il y en avait d'autres, beaucoup d'autres pour distraire les enfants.         Une monitrice, au physique bien «typé»[1], avec une épaisse tresse de cheveux, contait de bien belles histoires. Une autre coiffée d'une chapeau de paille encourageait le talent de peintre de jeunes garçons. Le petit chien de l'économe, véritable mascotte, recevait les caresses de tout ce monde enfantin avec qui il s'entendait si bien. A l'heure du casse-croûte les mines épanouies des fillettes nous rassurent sur leur appétit. Les garçons, toujours plus expé­ditifs[2] avaient déjà terminé leur goûter et s'apprêtaient à partir à la pêche avec leur moniteur qui préparait les appâts. Dans la cour des groupes se formaient pour s'en aller dans de longues randonnées dans la campagne. Adossée à une statue de l'entrée du château une monitrice au tempérament artiste conduisait un choeur d'enfants, toujours troublant à cause de la fraîcheur des voix et de la beauté de la chanson.

 

 

 

            Ce sont toutes ces petites scènes que nous avons vu[es][3] au cours de notre visite éclair. Elles nous on fait beaucoup de plaisir et c'est bien à regret que nous avons quitté ce monde heureux[4]. Les en­fants auront eu certainement d'autres souvenirs à raconter. Et puis parfois les moments de bonheur étant personnels on n'arrive pas à les communiquer à d'au­tres - et ils ont existé pourtant et c'est ce qui est arrivé à tous les petits colons de Fitz James.

 

ROYE: La colonie du bonheur

 

 

            Partir, partir... Trois se­maines à Roye. Ça c'est une aventure à 10 ans. Ce n'est pas sans appréhension qu'ils ont quitté leurs parents tous ces jeunes enfants. Mais ils ont été tout de suite rassu­rés par la gentillesse du direc­teur de la colonie, M. Pasch.

         Dès le premier jour, ils ont "attaqué" la vie de colonie. Si la pluie a interrompu les jeux, elle n'a cependant pas empêché les plaisirs nombreux et variés. Les groupes d'en­fants partaient dans la campa­gne dès le petit déjeuner. Et quand ils étaient au sein de la nature, silencieuse, ils la peuplaient de leurs rires, de leurs chants, de leurs ébats. Jamais les moniteurs n'étaient lassés de jouer au ballon, au jeu du mouchoir, à la balle au chasseur, etc... et pourtant ils étaient seuls contre tous. Par­fois, cependant, les distrac­tions plus calmes intéressaient tout autant les jeunes enfants. La fabrication des objets en plâtre, par exemple, tenait toujours du miracle et les en­fants ressentaient la joie de la création.

         Un des moments les plus émouvants de la journée, c'é­tait la distribution des lettres. Ceux qui avaient reçu une let­tre s'en allaient le visage inon­dé de bonheur. Les autres étaient brusquement attristés. Parents, nous vous invitons à écrire souvent, très souvent à vos enfants en colonie car ils ont besoin de votre chaleureu­se tendresse. S'ils vous man­quent, sachez que vous leur manquez davantage encore car un enfant vit plus avec ses ins­tincts, ses sentiments qu'avec sa raison. Mais bien vite la vie en commun reprenait. Tous partaient vers d'autres occu­pations. Et la vie continuait, heureuse.

 

Le prix semestriel de Sécurité

à la fosse Lemay[5]

 

         Pour le 1° semestre 1960 le siège Lemay a obtenu le prix de sécurité du Groupe. Le siège Lemay a obtenu la 1° Coupe de sécurité pour le 1° semestre 1958 et l'évolution de ses résultats prouve, s'il en était besoin, l'intérêt du personnel du Siège sur les question de sécurité.

         Malgré un gisement assez difficile, cha­cun se souvient de la marche de la S16 en terrains mauvais et difficiles, ainsi que celle du rabot dans des conditions peu favorables. Malgré ces conditions et grâce à la volonté de tous, le siège Lemay a enregistré seulement[6] 97 accidents au cours des six premiers mois de 1960. Le nombre moyen de descen­tes est d'environ 760. Si l'on veut se référer à une autre notion qui, dans une certaine mesure parle mieux, le Siège accuse à peu près un accident tous les deux jours, ce qui est fort peu, ceci pen­dant le 1° semestre.

         C'est pour fêter[7] ces brillants résultats qu'une délégation de la fosse Lemay con­duite par M. Lecerf a été reçue au C.F.P.[8] de Montigny-en-Ostrevent [NDL] par M. Bernard, Directeur Délé­gué, accompagné des ingénieurs de la Direc­tion, chargés de la Sécurité. Au cours de cette réunion M. Haas devait évoquer les résultats de la fosse Lemay. Il en a profité pour parler des résultats du Groupe. «Ils prouvent que l'on ne fait plus de progrès spectaculaires».

            Cependant Lemay montre ce que l'on peut atteindre. «Ceque les uns ont réalisé les voisins peuvent s'efforcer de l'atteindre». Pour conclure M. Haas devait dire: «Il faut que la notion d'économie d'accidents pénètre partout et que l'enthousiasme d'un prix de sécurité ne reste pas sans lendemain. Encore une fois, nos félicitations au per­sonnel ouvrier de Lemay, aux agents de maîtrise et aux ingénieurs du Siège. Je forme le voeu de voir les sièges du Groupe de Douai s'aligner sur le meilleur et atteindre - dans une atmosphère de progrès techniques - l'augmentation de productivité de fréquence aussi brillants que ceux que nous fêtons aujourd'hui». M. Bernard se montra particulièrement ravi des résultats obtenus par la fosse Lemay et remit la coupe de sécurité à M. Lecerf, qui immédiatement la transmit à M. Duca­tillon, chef porion.

 

On leva ensuite le verre pour fêter le succès de la fosse Lemay en espérant qu'il sera suivi par d'autres succès.

 

    

 

La délégation de la fosse Lemay présente à la remise de la Coupe de Sécurité.

 

M. Haas montre les brillants résultats de la fosse Lemay sur les graphiques

 

 

M. Bernard, Directeur Délégué, remet la coupe à M. Lecerf, Directeur de la fosse Lemay

 

charbon - actualités

A TRAVERS LE MONDE (photos)

 

3 DE BRUAY: PRIX NATIONAL DE PRODUCTIVITE

 

• Le prix national de productivité des Char­bonnages de France a été décerné le 10 mai à une équipe du siège n° 3 du groupe de Bruay, dans le Nord-Pas-de-Calais. C'est dans la taille exploitée par cette équipe qu'a été mis au point l'emploi du soutènement marchant.

• M. Francis Mouy, mineur à la fosse de Dechy près de Douai, a été désigné par le sort pour aller porter au Pape le 23 mai une lampe de mineur symbolique.

• Les Houillères du Nord et du Pas-de-Calais ont réalisé un dessin animé en couleur pour pré­senter au personnel et ou public de la région les résultats de l'année 1959. C'est la première fois dans le monde qu'une telle expérience est réalisée.

• Le 7° Salon International des Plastiques d'Oyonnax s'est tenu en juin dernier. Les Houil­lères du Nord et du Pas-de-Calais y possédaient un stand mettant en valeur les diverses fabrications chimiques du Bassin.

 

VIF SUCCES DE L'EMPRUNT DES CHARBONNAGES

 

• L'emprunt 1960 des Charbonnages de France a rencontré un grand succès. Il a été placé en 4 jours seulement; les souscriptions s'élèvent à 38 milliards d'anciens francs, chiffre le plus élevé atteint jusqu'à présent par les em­prunts des Charbonnages.

• M. Baumgartner, ministre des Finances, répondant à une question posée par un député, a déclaré: «L'emprunt récemment émis par les Charbonnages de France a connu un succès ex­ceptionnel; l'épargne a répondu à l'appel du gouvernement et elle a apporté les sommes néces­saires à la modernisation d'une industrie qui s'avère particulièrement nécessaire dons la con­joncture actuelle».

 

MINEUR ET BACHELIER

 

• Un ouvrier mineur de Vézezous (Haute-Loire), M. Kremer, vient d'obtenir à l'âge de 32 ans la deuxième partie du baccalauréat. Il poursuivait depuis plusieurs années des études secondaires par correspondance.

• Les Houillères de Blanzy ont inauguré le nouveau puits de Rozelay, situé dans la partie sud du Bassin, et qui va relayer le gisement Nord qui s'épuise progressivement. Il emploiera 1.500 mineurs. Ses réserves sont évaluées à 28 millions de tonnes.

• Une récente campagne de sondage a permis de découvrir, à une dizaine de kilomètres de Saint-Etienne, et à 800 mètres de profondeur, une couche de charbon de bonne qualité épaisse de 10 mètres.

• Le Premier Ministre a inauguré le 25 juin les nouveaux bâtiments de l'Ecole supérieure des mines de Nancy. L'Ecole applique une nouvelle méthode d'enseignement, basée sur des stages et des cours pratiques. Le nombre des ingénieurs qu'elle for­mera doit augmenter sensiblement dans les pro­chaines années.

• Le gouvernement a approuvé le projet de création de la Société De Développement Industriel et Commercial (S.O.D.I.C.). Cette Société aura pour objectif de favoriser la création de nouvelles entreprises dans les zones de conversion, et notamment dans les régions mi­nières.

• Les Houillères du Nord- Pas-de-Calais ont mis en service à Mazingarbe une nouvelle unité qui portera la production de cyclohexane à 40 tonnes par jour. Le cyclohexane est la matière pre­mière du nylon.

ILS ONT FAIT SURFACE DANS LA FORET

 

• Quatre mineurs de la fosse Ledoux, à Va­lenciennes, ont fait une percée à l'air libre dans la forêt de Raismes située à cinq kilomètres du puits. A cet endroit, la veine de charbon n'est qu'à quelques mètres de la surface.

 

 

            

 

 

INQUIETUDES EN ALLEMAGNE

 

• Les mines allemandes s'inquiètent à leur tour de la concurrence que leur fera bientôt le gaz naturel. Non seulement l'Allemagne escompte re­cevoir d'ici quelques années le gaz naturel du Sahara, mais elle pourrait en recevoir également d'U.R.S.S. dans un délai de trois ans au plus tard, lorsque Berlin sera rattaché au réseau de gazo­ducs de l'Europe Orientale.

• On estime à 100.000 le nombre des mineurs qui ont actuellement quitté la mine depuis le début de 1958, ce qui représente une diminution du tiers des effectifs. On commence à se demander s'il ne faut pas renverser cette tendance car la consommation nécessite dès à présent une reprise sur les stocks.

• Au cours de son voyage en France, M. Fron­dizi, président de la République Argentine, a souligné le grand intérêt que son pays, en dépit de ressources prometteuses en pétrole, atta­che ou développement rapide du bassin houiller du Rio Turbio, dont l'étude o été confiée à une mission d'ingénieurs français.

 

UNE CENTRALE... SANS CHAUDIERE NI TURBINE

 

• Un appareil appelé «générateur magnéto­hydrodynamique» est actuellement aux essais dans un laboratoire américain. Cet appareil produit du courant électrique à partir de la chaleur sans aucun organe mobile, c'est-à-dire qu'il supprime l'emploi des chaudières, des turbines et des alter­nateurs, et offre un rendement particulièrement élevé. Il se compose en principe d'un champ ma­gnétique dans lequel est projeté un gaz à haute température. Ce gaz provient de la combustion de poussières de charbon.

Une explosion qui s'est produite le 28 juin dans les mines d'Albertillery (Pays de Galles) a provoqué la mort de 37 mineurs.

Un coup de grisou a provoqué la mort de 54 mineurs dans une mine de charbon d'Ostrava en Tchécoslovaquie.

• Un siège d'extraction actuellement en cons­truction en U.R.S.S. dans le bassin du Donetz sera entièrement exploité par des procédés hydrauliques. Le charbon sera abattu par des jets d'eau sous pression et transporté jusqu'à la surface par des canalisations. La production serait de 10.000 tonnes par jour.

 

 

énergies en compétition

NOTRE GRANDE ENQUÊTE SUR LES CONCURRENTS DU CHARBON

 

Les énergies de demain: soleil, vent, volcans, marées...

 

         Nous sommes évidemment incapables de prévoir ce qui se passera dans cent ou deux cents ans. Mais il nous est quand même possible de supposer que nos arrière-arrière-­petits-enfants consommeront des quantités phénoménales d'énergie et ne pourront donc se contenter des ressources que nous exploitons actuellement (charbon, pétrole, gaz, houille blanche), ou même de l'uranium et du thorium, aliments de la future énergie atomique. Peut-être même s'étonneront-ils que pendant si long­temps il ait fallu aller chercher sous terre tant de combustibles de toutes sortes - avec la crainte de les voir un jour épuisés - alors que d'autres sources d'énergie existent qui se renou­vellent sans cesse et sont laissées pour ainsi dire à l'abandon. Voici ce que, jusqu'à nouvel ordre, nous devons et pouvons répondre.

 

la chaleur inépuisable du soleil

         De savants calculs démontrent que la formidable quan­tité de chaleur apportée par l'astre du jour devrait permettre à chaque habitant de notre planète de multiplier sa consom­mation d'énergie par 10.000. Qu'attendons-nous?

         Déclarons tout d'abord que l'énergie solaire n'est nulle­ment oubliée et que d'innombrables inventeurs se sont ingéniés à la capter. Certains même y ont plus ou moins brillamment réussi. Aux Etats-Unis, en France également et en d'autres pays, on rencontre des maisons particulières ou d'importants immeubles dont le toit est entièrement recouvert par un appareil appelé isolateur. C'est une sorte de serre aplatie où la chaleur du soleil est «prise au piège» grâce à une combi­naison de verre transparent et de surfaces peintes en noir, cette couleur oyant le pouvoir d'absorber le maximum de calories. Il ne reste qu'à faire circuler à travers l'isolateur de l'air ou de l'eau, qui sont dirigés sur un accumulateur où la chaleur est stockée, puis distribuée aux radiateurs du chauf­fage central. Sous un climat tel que celui du Midi de la France on peut, grâce à une pareille installation, économiser la moitié du combustible utilisé chaque hiver pour le chauffage. L'ob­jection est qu'il a fallu dépenser pour cela une somme élevée, sans pouvoir se dispenser de l'appareil habituel qui brûle du charbon ou du fuel. Cela peut être compensé par un avantage qui est - en été - d'utiliser l'énergie au toit pour faire fonctionner un réfrigérateur. Paradoxe: c'est le soleil qui, sous les tropiques, permettra de rafraîchir les habitations à bon compte.

         Par un moyen analogue - dans les pays chauds où l'on manque d'eau douce - on peut distiller de l'eau salée ou de l'eau saumâtre. Les distillateurs solaires « travaillent » gratui­tement, mais coûtent hélas infiniment plus cher à cons­truire que ceux chauffés aux combustibles solides ou liquides. Y a t il des ménagères qui désirent cuisiner au soleil (en place de charbon ou de gaz)? Rien de plus facile, car le cui­seur solaire est en vente et d'assez nombreux campeurs l'uti­lisent déjà. C'est un miroir parabolique qui concentre les rayons du Soleil en un point que les opticiens appellent (quelle coïncidence!) le «foyer». Ce cuiseur est largement employé dans certaines régions des Indes où il remplace avantageusement la bouse de vache séchée, seul combustible disponible. Mais le miroir peut prendre des proportions gigantesques et on a alors une installation qui permet de fondre certains métaux à des températures de plus de 3.000 degrés. Un des plus grands fours solaires se trouve à Mont-Louis, dans les Pyrénées.

Le Soleil a donc pu être asservi pour les modestes usages ménagers ou pour les très hautes températures. Il peut encore fournir une énergie miniature (grâce à des semi-conducteurs) qui alimente des lignes téléphoniques ou l'émetteur des satel­lites artificiels. Malheureusement cette énergie reste insaisissable dès qu'il s'agit d'obtenir des températures moyennes en quantité suffisante pour «fabriquer» des tonnes de vapeur. Elle est en effet trop dispersée, et une modeste centrale solaire produi­sant de l'électricité exigerait de la capter sur des centaines d'hectares: problème très difficile que personne n'a encore résolu d'une manière satisfaisante,

 

comment domestiquer les caprices du vent?

 


            Aucune énergie - si ce n'est peut-être celle du bois - n'a rendu autant de service dans le passé que l'énergie éolienne. Moulins à vent et navires à voiles sont à présent des pièces de musée ou des distractions de sportifs. Pourquoi le vent a-t-il été abandonné au profit des moteurs de toutes sorte? La raison en est simple: c'est une énergie essentiel­lement capricieuse,, bien plus intense à certains moments qu'on ne le désirerait et tombée à zéro dans l'heure suivante. Comme pour le Soleil, les inventeurs et les ingénieurs n'ont pas jeté le manche après la cognée. L'antique moulin à vent à été remplacé par des éoliennes à haut rendement que l'on voit assez souvent, dans nos campagnes, juchées sur de hauts pylônes métalliques. Elles servent principalement à remonter l'eau des puits, mais certains usagers leur font éga­lement produire du courant électrique, en les couplant avec des dynamos. Pour compenser l'irrégularité de l'énergie fournie, ils doivent compléter l'installation par des accumulateurs. C'est là que gît la difficulté, car l'accumulateur est jusqu'à nouvel ordre un instrument délicat et d'une capacité très limitée. On peut, grâce à lui, réaliser des installations individuelles de petite envergure: le problème devient très ardu lorsqu'on veut procéder à grande échelle. C'est pourtant ce qu'a tenté l'Electricité de France, avec une installation ­pilote de grande dimension, qui étudie pour son compte la domestication du vent dans les plaines de la région parisienne.

 

 


le "feu et la terre"

         Les mineurs du fond, habitués à transpirer en plein hiver, sont bien placés pour savoir qu'une monumentale source d'énergie est disponible sous l'écorce terrestre, à quelques ki­lomètres de profondeur. Peut-on atteindre de quelque manière la zone des roches en fusion, réservoir presque éternel de chaleur? Sur la presque totalité du globe, cette tâche est irréa­lisable. Quant aux endroits où ce serait en principe facile (c'est-à-dire les cratères des volcans), mieux vaut évidemment ne pas s'y aventurer... Seules, quelques zones privilégiées se prêtent à la domestication de l'énergie géothermique. En Islande, où le climat est glacial, son rôle est provi­dentiel: de nombreuses fumerolles (sources d'eau chaude ou de vapeur) permettent aux heureux habitants de chauffer leurs maisons, de nager dans des piscines tièdes, de faire pousser des légumes ou des fruits sous des serres. La capitale du pays possède un chauffage central urbain alimenté, lui aussi, par le «feu de la terre». Les Italiens l'ont exploité de manière toute différente: dans une région désolée de la Toscane, de nombreuses fume­rolles s'échappaient en sifflant de fissures qui parsemaient le sol bouleversé. Patiemment, des équipes de forages ont entre­pris de pousser leurs tubes (comme les pétroliers) jusqu'à atteindre - à des centaines de mètres de profondeur - les « nids de vapeur ». Besogne délicate, pleine d'imprévus, mais lorsqu'un puits géothermique est achevé, il ne reste plus qu'à le prolonger par une canalisation jusqu'à une centrale électrique où la vapeur actionne des turbines, tout comme si elle venait d'être produite dans une chaudière. Les Néo-Zélandais, à leur tour, ont mis en route une puis­sante centrale géothermique, cependant que les jeunes filles maories continuent - pour la joie des touristes - à faire cuire à la vapeur des oeufs, des légumes et des poissons au-­dessus de trous que les électriciens n'ont pas encore accaparés.

le flux et le reflux

            Deux fois par vingt-quatre heures, les marées de l'océan montent à l'assaut des côtes, s'engouffrant dans les baies et les vallées des rivières. Deux fois elles refluent vers le large. Dans l'un et l'autre sens, un courant est ainsi créé qui parfois atteint une extrême violence. L'idée est venue tout naturel­lement de capter cette « énergie aller et retour », selon les méthodes employées pour les courants d'eau douce. Des moulins de marées ont existé autrefois en Bretagne et depuis plusieurs années les ingénieurs étudient la possibilité de créer des usines marémotrices. Le principe est simple: construire un barrage pour que l'eau de la marée montante puisse s'accumuler en amont, puis à marée descendante lâcher l'eau ainsi retenue en la dirigeant vers des turbines hydrau­liques. A d'autres heures, le même barrage peut fonctionner en sens inverse, créant une chute de l'aval vers l'amont. La seule condition est que cette chute soit - dans un cas comme dans l'outre - suffisamment haute. Et l'usine marémotrice n'est vraiment rentable que si l'amplitude de la marée est grande. Or on sait qu'en de nombreux endroits (sur les côtes de la Méditerranée par exemple et autour de certaines îles du Pacifique), la différence de niveau entre la haute et la basse mer est insignifiante. Même avec les amplitudes moyennes (trois ou quatre mètres), ce serait perdre son temps que de vouloir capter la marée.

         En fait, il n'existe guère à la surface du globe qu'une quinzaine de sites vraiment favorables, - et il se trouve que deux d'entre eux sont situés en France. La décision a été prise, après de longues hésitations, d'équiper l'estuaire de la Rance. Son usine marémotrice, la première réalisée dans le monde, sera favorisée par une amplitude de marée de plus de 11 mètres. Elle n'en restera pas moins assez modeste à cause de l'exiguïté du bassin de retenue. Mais déjà l'on songe à une usine gigantesque, destinée à«'turbiner » les formidables marées de la baie du Mont Saint-Michel. Cette usine exigerait un barrage de près de 24 kilomètres édifiés en pleine mer, mais elle fournirait autant de kilowatts heure qu'en débitent actuel­lement toutes les centrales hydrauliques françaises réunies... Quelques dizaines d'années seraient nécessaires pour mener cette oeuvre à bonne fin.

Que conclure?

            Les diverses énergies que nous offrent les forces de la nature sont sans doute inépuisables, certaines sont mêmes prometteuses. Aucune n'est aussi pratique, aussi facile à exploiter que les énergies fossiles, recueillies certes à grand peine, mais inégalables en régularité, disponibilité et souplesse.

 

Dans le prochain numéro: LA CONCLUSION DE NOTRE ENQUÊTE.

 

 

 

LE PLAN D'ADAPTATION DES CHARBONNAGES

 

            • La production du Bassin du Nord en 1965 sera en faible diminue par rapport à la moyenne des dix dernières années.

            • La part du Bassin du Nord dans la production nationale passera de 49% à 55%.

 

 

            Le Ministère de l'Industrie a fait connaître les grandes lignes du plan d'adaptation des Charbonnages de France qu'il a mis au point pour la période 1960-1965. Ce plan a pour but, a précisé M. Jeanneney, de permettre aux Charbonnages d'améliorer dans l'avenir leur position dans la concurrence des diverses formes d'énergie. C'est à la suite d'études effectuées au Ministère de l'Industrie en liaison avec la Direction Générale des Charbonnages de France que le Ministère de l'Industrie a arrêté un ensemble de mesures tech­niques, financières et commerciales qui ont reçu l'approbation du Gouvernement.

            Ce plan d'adaptation des Charbonnages a été soumis pour examen au Commissariat Général au Plan. La section de l'énergie du Conseil Économique en a été saisie pour avis en attendant que les commissions compétentes de l'Assemblée Nationale et du Sénat se prononcent à son sujet. Vous trouverez ci-contre les grandes lignes des dispositions prin­cipales de ce plan. Un certain nombre de dispositions qui intéressent uniquement les Bassins du Centre Midi ne sont pas reproduites ici.

            En ce qui concerne les Houillères du Bassin du Nord et du Pas-­de-Calais, il est particulièrement remarquable que l'objectif de pro­duction qui lui est assigné pour 1965 est de 28 millions de tonnes. La moyenne de notre production pendant les dix dernières années écoulées étant de 28.600.000 tonnes, c'est donc une très faible réduction qui nous est imposée, échelonnée sur cinq ans. Cette réduction est beau­coup plus forte pour les autres bassins, surtout ceux du Centre Midi: il en résulte que notre part dans l'ensemble de la production nationale passera de 49% à 53%.

 

 

            Les objectifs de produc­tion des Houillères de bas­sins seront, en 1965, de 28 millions de tonnes pour le bassin du Nord Pas-de-­Calais, de 13,5 millions de tonnes pour le Bassin de Lorraine et de 11,4 millions de tonnes pour les bas­sins du Centre Midi. La production des Houillères de bas­sins s'établira donc en 1965 à 53 millions de tonnes. Les mesures tendant à la réali­sation de ce plan de production s'éche­lonneront de 1960 à 1965 compte tenu des nécessités techniques et des problè­mes sociaux propres aux diverses houillè­res de bassin. La fixation des objectifs de production ainsi définis procède de la volonté du gouvernement d'assainir la situation des charbonnages par la fer­meture d'exploitations marginales dont le déficit compromet l'équilibre écono­mique et financier de l'ensemble des bas­sins. Le gouvernement veillera à ce que les variations imprévues de la production demandées aux Charbonnages de France soient à l'avenir réduites dans toute la mesure du possible.

            Parallèlement à la révi­sion des objectifs de pro­duction, les programmes ce travaux neufs devront être réexaminés notam­ment dans les Houillères de Lorraine et du Centre Midi. Les Char­bonnages devront mettre en vigueur dès 1961, la règle consistant à limiter le volume global annuel des travaux neufs au montant des amortissements sans qu'il soit pour autant admis que ces tra­vaux puissent dans tous les cas atteindre cette limite. De plus la préférence sera donnée aux investissements dans les in­dustries de la houille plutôt qu'aux tra­vaux neufs en vue de l'extraction.

            Pour permettre aux Charbonnages de France d'exécuter le plan défini par le gouvernement, l'Etat versera aux Char­bonnages une contribu­tion forfaitaire qui sera imputée au budget général et qui sera fixée annuelle­ment. Cette contribution ne sera pas une subvention d'équilibre tendant à assi­miler les Charbonnages de France à un service public, mais devra constituer une incitation à une gestion économique ra­tionnelle.

            Pour 1961, cette contribution dont le montant exact sera prochainement dé­terminé par le Ministre des Finances ne sera pas inférieure à 150 millions de nouveaux francs. Des directives ont été adressées aux Charbonna­ges de France afin d'étu­dier avec les organisations syndicales un aménage­ment des horaires de travail.

            Le gouvernement espère qu'un accord pourra prochainement intervenir dans des conditions tenant compte à la fois des aspirations des organisations syndi­cales et des conséquences de certains aménagements sur les coûts de produc­tion des houillères de bassin. Considérant qu'il est nécessaire de mettre un terme à la politique de rabais considérables pra­tiqués depuis plusieurs mois par certains distri­buteurs de fuel-oil et de placer les produits pétroliers directement concurrents du charbon dans les mêmes conditions de pratique de prix que celui-ci, le gou­vernement o décidé de prendre un arrêté qui sera prochainement publié et selon lequel les rabais commerciaux autorisés pour la vente des fuel ne pourront ex­céder 5% des prix indiqués par les barèmes déposés par les distributeurs.

         A la demande du Minis­tre de l'Industrie, l'Elec­tricité de France a accepté de stocker pour le compte des Houillères 400.000 tonnes de charbon dans les parcs de ses centrales et de mettre en oeuvre diverses mesures permettant d'augmenter les fournitures de courant électrique par les centrales des Houil­lères de bassins.

            Enfin, le Ministre des affaires étrangères a été chargé d'examiner avec le gouvernement de la Ré­publique Fédérale d'Alle­magne certains problèmes posés aux Houillères du Bassin de Lor­raine par l'application du traité franco-­allemand du 27 Octobre 1956 sur le règlement de la question sarroise.

 

 

 

L'ACTION SOCIALE

 EN FAVEUR DES MINEURS ET DE LEURS FAMILLES

 

Affilié au régime de Sécurité Sociale Minière, vous avez souvent recours aux Services de la Sécurité de Secours de votre ressort. Mais vous connaissez beaucoup moins bien l'Union Régionale des Sociétés de Secours Minières du Nord qui a son siège à Lens. L'activité que déploie l'Union Régionale en faveur des mineurs et de leur famille mérite d'être connue.

 

            Pour une médecine toujours meilleure

            Les Sociétés de Secours ont recruté des médecins qui consacrent tout leur temps aux affiliés du régime minier; elles ont aussi construit et équipé des salles de consultations modernes.

Depuis 5 ans, l'Union Régionale a aidé les Sociétés de Secours à installer 72 salles de consultations et facilité toutes les réali­sations qui concourent à protéger la santé des populations minières. Une de ses der­nières réalisations est la Maison de Repos du Mineur à St-Laurent-Blangy, inaugurée à la fin de 1958. Située dans un cadre de verdure, cette Maison de Repos, coquette et moderne, permet de hâter le rétablisse­ment de la santé de ses pensionnaires: malades chroniques, convalescents ou mala­des relevant d'une intervention chirurgi­cale et dont l'état ne nécessite plus un séjour à l'hôpital.

         Au service de la famille

            En dehors des questions purement sani­taires et médicales, l'activité de l'Union Régionale se manifeste en matière sociale par des moyens divers tous axés sur les problèmes de l'enfance et de la famille. C'est ainsi que l'Union Régionale accorde sous certaines conditions des prestations familiales aux apprentis, aux étudiants et aux infirmes. Des bourses sont attribuées aux jeunes filles qui fréquentent les cours d'enseignement ménager. Pour soulager le travail des mamans, des prêts à l'équipe­ment ménager sont accordés pour l'achat de machines à laver, machines à coudre, aspirateurs, etc... Les jeunes ménages peuvent bénéficier de prêts au mariage pour l'achat de leur mobilier. Des prêts peuvent être également consentis pour l'accession à la propriété.

            En cas de maternité ou de maladie d'une maman, l'Union Régionale assure le con­cours de Travailleuses Familiales pour exécuter les travaux ménagers indispensables. Enfin, les mamans décorées de la médaille de la famille française reçoivent un colis d'articles de textiles.

            La protection et le bien-être de l'enfant

         Dès sa naissance, l'enfant est pris en charge par le service de protection mater­nelle et infantile qui dispose de 42 Assis­tantes Sociales, 25 Puéricultrices, et de tout un réseau de consultations de nourrissons actuellement en voie de développement et de modernisation. Ainsi, les mamans peu­vent bénéficier de toute l'aide utile pour assurer le développement normal de leurs enfants. L'Uuion Régionale distribue aussi un colis d'articles de layette à l'occasion d'une naissance aux familles dont les res­sources sont inférieures à un certain pla­fond.

            Les adolescents peuvent bénéficier d'une cure au grand air soit dans les colonies et camps de vacances, soit dans une Maison Familiale de Vacances, soit en famille. Sur son budget d'action sociale, l'Union Régionale consacre chaque année 290 millions pour l'aide aux vacances. Cette somme a permis de procurer, en 1959, des vacances à 22.760 enfants en colonies et camps et à 44.396 enfants en famille. Depuis 1959, l'Union Régionale possède près de Chinon, dans l'Indre-et-Loire, une propriété, « La Ville-au-Maire, où elle a installé une colonie de vacances qui a accueilli 234 enfants en 1959 et pourra en recevoir 450 à partir de 1961. L'Union Régionale possède également à Wimereux une Maison Familiale de vacances de 76 chambres pouvant recevoir 200 personnes par séjour de 15 jours, soit 1.400 personnes du 1° Juin au 15 Septembre.

         Le budget d'action sociale de l'Union Régionale est alimenté essentiellement par un prélèvement égal à 3,50% du montant des Prestations Familiales légales versées. On sait que ces prestations sont financées par une cotisation de 16,75% versée par les Houillères, sur les salaires soumis à cotisation.

            Nous aurons à peu près fait le tour de l'ensemble des réalisations et des moyens d'action de l'Union Régionale lorsque nous aurons dit quelques mots des Assistantes Sociales. Leur rôle mérite justement d'être précisé en raison notamment du fait qu'il existe également des Assistantes Sociales d'entreprise, c'est-à-dire des Houillères.

 

 

 

 

LES ASSISTANTES SOCIALES DES HOUILLERES

ET CELLES DE L'UNION REGIONALE

ONT LE MEME IDEAL: SERVIR LES MINEURS

 

 

         L'action sociale en faveur des mineurs et de leurs familles existe depuis longtemps dans les exploitations minières de notre Bassin: dispensaires, hôpitaux, crèches, garderies, écoles, salles de fêtes, installa­tions sportives, centres ménagers, etc... fonctionnent depuis de nombreuses années. Grâce à la nationalisation, cette action sociale a pris un nouvel essor. Dans les années qui ont suivi la Libération, on a assisté au développement ou à la création des Services sociaux. Citons en particulier les colonies de vacances, les camps de vacances, les centres de congés familiaux de la Napoule et de Berck, les ateliers édu­catifs, etc... L'une des formes d'action la plus appré­ciée de ces Services Sociaux est l'activité des Assistantes Sociales mise par les Houil­lères à la disposition des travailleurs et de leurs familles. Depuis 1954, la Sécurité Sociale Minière chargée de la gestion des Prestations Fami­liales a été amenée à entreprendre égale­ment toute une action sociale en faveur de la corporation minière et même à relayer les Houillères sur un certain nombre de sujets, sur tous les problèmes familiaux indépendants du travail, en particulier sur les problèmes de l'enfance. Des Assistantes Sociales nouvelles au service de l'Union Régionale sont venues s'ajouter à celles qui sont au service des Houillères, offrir aux personnes qui ont à faire face à certaines difficultés ou à certains problèmes, une aide spécialisée. Une coordination s'est donc révélée nécessaire pour harmoniser le travail des unes et des autres, éviter les doubles em­plois et permettre d'étendre leur action à un plus grand nombre de bénéficiaires. Cette coordination, prévue d'ailleurs par la loi du 4 août 1950 et le décret du 7 jan­vier 1959, réalisée d'un commun accord entre l'Union Régionale et les Services Sociaux des Houillères, s'est traduite par la définition des attributions relevant plus particulièrement des Assistantes Sociales de l'Union Régionale d'une part et de celles des Houillères d'autre part. Une telle spécialisation n'exclut d'ailleurs pas que les unes comme les autres s'inté­ressent à tous les problèmes familiaux qui sont portés à leur connaissance et s'effor­cent de les résoudre au mieux, par leurs propres moyens ou avec le concours de leurs collègues de l'organisation similaire.

            L'activité des Assistantes Sociales des Houillères...

            Le rôle des Assistantes Sociales des Houillères consiste en général à:

- Prendre contact avec les nouveaux embauchés et plus particulièrement les jeu­nes, les Nord-Africains, les Etrangers.

- Prêter attention à des catégories par­ticulières de travailleurs: malades profes­sionnels, accidentés du travail, jeunes ou­vriers, apprentis.

- S'occuper de la réadaptation fonc­tionnelle et apporter un avis lors de l'étude du reclassement des inadaptés physiques.

- Aider les membres de la famille des travailleurs en cas de décès de ceux-ci.

- Participer aux activités culturelles ou éducatives, telles que les bibliothèques, les clubs de jeunes.

- Aux aides individuelles ou collec­tives réalisées en faveur des ouvriers ou de leurs familles.

- Aux placements d'enfants en colo­nies de vacances des Houillères.

- Etudier les demandes de logement ou de changement de maisons.

- Assurer l'organisation et la surveil­lance médicale des centres ménagers et des jardins d'enfants.

- Envisager l'orientation des élèves à la sortie des, centres ménagers.

- Signaler au Service Social de l'Union Régionale les situations familiales difficiles et collaborer, s'il y a lieu, avec celui-ci.

            ... et celle des Assistantes Sociales de l'Union Régionale

            Les Assistantes Sociales de l'Union Ré­gionale ont en effet une activité plus orien­tée que leurs collègues des Houillères vers les problèmes familiaux, leur tâche consis­tant à:

- mettre en oeuvre par sa diffusion et son application l'Action Sociale de l'Union Régionale.

- assurer, en coordination avec les Pué­ricultrices, la protection à domicile ou les consultations des femmes enceintes et des enfants de moins de six ans, apportant aux mères les conseils demandés.

- apporter aux mères fatiguées ou ma­lades le dépannage nécessaire par l'intermé­diaire de Travailleuses familiales ou par la réalisation de certains placements d'enfants en Maison d'Accueil, en nourrice, en colo­nie de vacances ou en maison de repos pour mères et enfants.

- réaliser, en accord avec les médecins traitants, les placements sanitaires spécia­lisés:

            • en aériums et pouponnières des enfants anciens prématurés ou débiles

            • en cures climatiques prolongées des en­fants porteurs d'affections médicales diverses

            • en établissements spécialisés des enfants atteints d'infirmité motrice.       !

- aider les familles ou les personnes pour lesquelles se posent des problèmes complexes tels que ceux par exemple:

- de l'enfant difficile, de la femme seule ou du veuf, de l'orphelin, en appor­tant à chacun d'eux l'aide appropriée à leur situation.

- apporter aux affiliés ou aux allocatai­res une information sur les différentes lé­gislations sociales: aide aux personnes âgées, aux infirmes, aux incurables, aux per­sonnes privées de ressources.

- envisager avec les Services de la Main d'Œuvre la réadaptation profession­nelle des diminués physiques.

- signaler aux services sociaux des Houillères, lorsqu'il y a lieu, les situations dans lesquelles se posent des problèmes re­levant plus spécialement des Houillères.

- coordonner leur activité avec celle des autres services sociaux spécialisés sus­ceptibles d'apporter leur aide aux familles en difficultés.

 

 

 

Les Assistantes Sociales des Houillères et de l'Union Régionale ap­portent toujours dans la limite de leur tâ­che et de leurs possibilités, en permanence, en consultations à domicile, l'aide appro­priée à chaque situation. L'accueil des Assistantes Sociales, leur compétence, leur discrétion, permettent à chaque famille ou à chaque personne de trouver par elles-mêmes ou par l'intermé­diaire de différents organismes ou services sociaux la solution la mieux adaptée pour résoudre leurs difficultés.

LE TOURISME EST A VOTRE PORTE par Jean Lestocquoy

 

MANOIRS et VERDURE DU BOULONNAIS

 

            Le premier télégramme envoyé par radio grâce à Branly et Marconi, le prince Louis-Napoléon Bonaparte qui débarque en 1840 croyant renverser le gouvernement de Louis-Philippe, Pilâtre de Rozier qui tente de passer le détroit par la voie des airs et s'écrase devant la vieille église le 15 juin 1785... Voilà pêle-mêle ce que peut rappeler Wimereux et surtout Wimille dont le passé est beaucoup plus vénéralbe que celui de la plage. Dans le voisinage, la fameuse colonne on y retrouve Napoléon distribuant les pre­mières Légions d'Honneur, ou bien la ca­chette d'un conspirateur royaliste. Ne di­rait-on pas que s'inscrivent dans ce paysage tous les régimes français, de la monarchie de Louis XVI à la III° République? Pourtant cette histoire ne serait pas un attrait suffisant pour un jour d'été; mais sans même chercher la séduction de la pla­ge blonde et le mouvement de la mer verte, il est une promenade que l'on ne saurait manquer de conseiller: la vallée de la pe­tite rivière qui donna son nom à la plage, le Wimereux.De quelque côté que l'on aborde la ré­gion, on est séduit par la fraîcheur, l'eau courante, la verdure qui donne au Boulon­nais son caractère imprévu: les géographes vous parleront de boutonnière jurassique, expliquant ainsi cette diversité. Cette vallée, au reste, n'a pas que le charme prenant de la nature; au milieu des bois, des champs ou des prairies, les manoirs du Boulonnais donnent un caractère singulier au paysage. Il faut aller explorer ces manoirs du XV° et du XVI° siècle: le Lucquet, Le Hert, La Tour de Pernes, dont la photo donne une idée plus juste que la description. Partout des bâtiments noblement construits de bri­ques et de pierre. Des murs épais et de petites fenêtres vers l'extérieur. Des tours, modestes il est vrai, mais qui ont tout de même un air de gentilhommière. Ce sont des fermes pacifiques, mais elles évoquent le temps, qui n'est pas si lointain, où la mer portait d'inquiétants visiteurs et les routes des voyageurs belliqueux. Là, un peu en retrait de la côte, on retrouvait la sécurité derrière de modestes murailles. En descendant donc, de Wimereux, à 6 kilomètres, vous rencontrerez, au milieu de la verdure un rendez-vous d'été: cidre, crê­pes et tapisseries. C'est Souverain-Moulin. L'eau claire coule au bord de la route et on aperçoit les murs un peu accablants du château. Jadis on vit souvent passer dans les allées du parc la soeur de «Sissy» comme dit le cinéma; la soeur de l'Impéra­trice d'Autriche avait été reine de Naples et, passant sa vie à Paris, venait voir ses amis de Souverain-Moulin. C'est à peu près de son temps que date la chapelle: le style pseudo-gothique en est déplorable, mais ne doit pas décourager. Outre deux statues de bois reflétant l'art allemand du xvr' siècle, on a la surprise de trouver un choeur tendu de tapisseries du plus célèbre des hautlisseurs de notre temps, Lurçat; sur un fond noir se détache avec noblesse un décor d'apocalypse et il semble que sur l'autel de pierre neuve pousse l'herbe d'une fantastique prairie. C'est une oeuvre nota­ble d'un art renaissant. Dans le bois de Souverain-Moulin, un manoir du VII° siècle, Godincthun; un manoir hanté par l'ombre des conspirateurs. Sous le Directoire et le Consulat, il était loué à deux femmes dont le nom respire l'effroi: Mme Le Thueur de Combremont et sa fille; plancher du salon truqué, trap­pe laissant pénétrer en une sombre cachette plusieurs hommes qui peuvent braver la police, rien n'y manquait... En mai 1804 on fusilla à Boulogne pour intelligence avec l'ennemi anglais un certain Franqueville: il déclara qu'un mystérieux «prince de Bourbon» avait plusieurs fois trouvé asile chez les dames Le Thueur. Un autre pros­crit de marque, Pichegru, y était venu s'a­briter aussi, dès 1797. La voisine Angle­terre, en guerre avec la France, donnait au Boulonnais un rôle clandestin où le roman d'aventure fleurissait. Quittons ces souvenirs aventureux et re­montons beaucoup dans le passé. Conti­nuons la route, par Belle et Conteville; bientôt apparaîtra un agréable village: Le Waast. Un monument notable: l'église ro­mane. Vénérable église, une des plus an­ciennes de nos régions, puisqu'une partie de sa construction et sa façade en particulier fut élevée entre 1086 et 1109; elle fut bâtie avec le concours des comtes de Boulogne: sainte Ide, mère de Godefroid de Bouillon s'y employa. Et quel curieux portail avec ses formes romanés: Camille Enlart, maî­tre en archéologie, y voyait un souvenir des Croisades, rappelant un portail égyptien de Bab-el-Foutou. A deux pas, à Colembert, vous pourrez voir un majestueux château du XVIII° siè­cle; préférez-vous voir fabriquer des céra­miques? Allez visiter une usine de Des­vres où l'on décore des vases et des cages à serin en céramique. Le calme des bois vous appelle? La proche forêt de Desvres vous accueille. Telle est la variété de ce Boulonnais où des descentes comme celle de Devres of­frent des perspectives que l'on dirait de pays de montagne!

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

 

 

 

 

 

du  berceau ...

... à  la  tombe

 

 

 

 

à  la  vie ...

 ... à  la  mort



[1] Ils étaient aussi machistes aux HBNPC du groupe de Douai? (NDL)

[2] Fillettes épanouies... garçons plus expéditifs... (NDL: no comment!)

[3] Correction effectuée par le lecteur.

[4] J.C.D. ne disait pas la même chose de sa colo d'Arc en Barroiss ay début des années 50...

[5] à Pecquencourt.

[6] No comment!

[7] Idem.

[8] Centre de Formation Professionnelle.

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LA MYTHOLOGIE DU MINEUR

 

Voici deux ans, nous avions signalé à l'attention de nos lec­teurs du bassin minier l'intérêt d'une étude ethnosociologique sur les mineurs, intitulée «La foi des Charbonniers». Bruno Mattei, professeur de Philoso­phie à Douai et ancien corres­pondant de notre confrère «Li­bération» dans le Nord, avait contribué à cette étude qui bousculait déjà pas mal d'idées reçues à propos de la mine et des mineurs, rétablissant cer­taines vérités tradition-nellement occultées par tous ceux qui n'avaient pas intérêt à ce qu'on en gardât le souvenir.

«Rebelle, rebelle!», que Bruno Mattei vient de publier aux éditions du Champ-Vallon (voir la présentation de ce livre dans «La Voix du Nord» du 2 février, page 4) poursuit dans cette voie d'une écriture' de l'histoire authentique des char­bonnages et de leurs travail­leurs... Une oeuvre dont il est temps, en effet, d'établir les fondements, alors même que se vivent chez nous les ultimes moments de la grande époque de l'extraction charbonnière.

 

 

 

LA MYTHOLOGIE DU MINEUR:

QUELQUES REFLEXIONS SUR FOND D’HISTOIRE

 

Exposé fait à DOUAI le 19 décembre 1979 dans le cadre de deux journées organisées conjointement par le Centre Régional de Documentation Pédagogique de LILLE et le Centre d'Animation Culturelle de DOUAI sur le thème: "Etudes des Patrimoines Culturels Locaux". Participation de 44 professeurs de la région Nord/Pas-de-Calais.

 

Centre d'Animation Culturelle de DOUAI                           Opération FIC - Bassin Houiller

23, rue de l'Université                                                70, rue Marceau Martin

59500 DOUAI                                                                      59128 FLERS EN ESCREBIEUX

 

Dans le projet du Centre d'Animation Culturelle de DOUAI, le terme de mythe figure en bonne place: Mythes et Identités Culturelles dans le Bassin Minier; peut-être avez-vous réagi en lisant l'intitulé de cet exposé "mythologie du mineur": un certain nombre parmi vous, soit parents, soit fils de mineur ou bien […?] sentent suffisamment la proximité minière pour que la juxtaposition des deux termes -mythe et mineur- paraisse quelque peu paradoxale: le travail du mineur, la vie du mineur, les modes de sociabilité de la vie minière ont une espèce d'évi­dence, de matériabilité qui font qu'on ne voit pas très bien où et comment pourrait se loger le mythe.

Je voudrais prendre un peu de recul par rapport à "l'évidence" et tenter de montrer comment la corporation minière a été, plus que d'autres corporations, extrêmement entourée, bordée de discours, de célébrations, de récits qui font qu'on peut parler justement à son propos d'une mythologie et que cette mythologie n'est pas née - pas plus qu'elle n'a perduré par hasard.

Le mineur m'apparaît comme une figure exemplaire du prolétariat, quant aux discours qui ont été tenus sur lui, à la convergence ou à la croisée d'un certain nombre de stratégies patronales, étatiques et syndicales. Quand je dis stra­tégies, ça ne veut pas dire qu'il y ait eu conception d'abord, puis application. Il y a eu au contraire beaucoup d'empirisme et de bricolage de la part des patrons des compagnies minières autour des enjeux représentés par le charbon et les mineurs. Peu à peu les choses se sont systématisées mais au départ je ne sais pas si les uns et les autres savaient exactement où ils allaient.

Mythologie: cela veut dire qu'il y a eu autour de la corporation minière, un certain nombre de représentations, un certain nombre d'images qui ont été véhiculées, convoyées par les discours patronaux et syndicaux qui, en fin de compte ont produit un certain type d'identité prolétarienne à la fois bien spécifique et exemplaire. Je voudrais insister sur cette spécificité et cette exemplarité parce que c'est précisément à la conjonction du particulier et de l'universel, que cette mythologie acquiert sa dimension et son efficacité et la question sera aussi de savoir si finalement cette mythologie a été un élément libérateur ou un facteur d'aliénation de la corporation minière. Les discours qui ont été tenus sur les mineurs ne sont pas innocents: on a beaucoup parlé et écrit sur les mineurs et pas n'importe comment. Je vais essayer de vous résumer "la matière»ou plutôt le contenu de cette mythologie et de vous suggérer quelques réflexions que l'on ne doit pas selon moi ignorer, quelles que soient par ailleurs les spéculations politiques et syndicales qui se manifestent aujourd'hui encore autour des mineurs et du charbon.

1 - LES ENJEUX

Qui est-ce qui a motivé toute cette mythologie?

Il faut imaginer la naissance des compagnies minières à la fin du 18ème et au 19ème siècle comme un fantastique et brutal bouleversement de l'espace et des mentalités. Il y a des enjeux économiques énormes. C'est la conquête d'un nouvel eldorado. Là-dessus, je ne m'étendrai pas, il suffit de vous reporter à l'ouvrage de Marcel GILLET, professeur d'histoire à l'Université de LILLE: "Les charbonnages du Nord de la France au 19ème siècle»aux éditions MOUTON.

Il s'agit pour les patrons des compagnies de fixer une main d’oeuvre rurale et de fabriquer en grand nombre des prolétaires d'un type nouveau, "petits travail­leurs infatigables". Les problèmes posés sont immenses. Il y a un leitmotiv qui revient constamment dans toute la littérature des Compagnies, c'est le manque de main d’oeuvre. C'est un point fondamental: les patrons des mines sont toujours en quête de mineurs. Il faut compter avec la résistance de ces ruraux pas encore pro­létaires, venus de Flandres, Picardie, d'Artois qui répugnent, malgré la certitude d'un salaire, à cet univers brutal et complètement nouveau. Les mineurs n'hésitent pas à quitter les Compagnies du jour au lendemain avec familles et bagages. Le nomadisme est très important, les gens passent d'une Compagnie à une autre ou vont tenter leur chance ailleurs. Dans les archives da la Compagnie de BRUAY, il y a le rapport d'un ingénieur qui dit, je cite de mémoire: "aujourd'hui, on n'a pas pu travailler parce qu'ils sont tous partis avec leurs familles; on ne sait pas où ils sont". L'enjeu était donc de retenir cette main d’oeuvre; d'où des dispositifs institutionnels pour fixer et sédentariser le mineur. Les maisons (corons), les jardins, les caisses de secours, les écoles, la médecine, toutes les institutions de loisirs ont été pensées d'abord dans une seule et unique perspective: fixer, retenir la main d’oeuvre et la façonner à certaines valeurs. Mais il y a eu aussi des dispositifs que je qualifierait d'idéologiques, et c'est là où on vient à notre thème de la mythologie: tenir un certain discours sur le mineur: le représenter pour les autres et pour lui de telle sorte qu'il intériorise cette image, qu'il s'y reconnaisse et dise de lui-même: c'est moi. D'où un discours très abondant au fur et à mesure que l'importance des enjeux se précise:

a) un enjeu économique:

Sans charbon, pas de révolution industrielle: ce point est clair

b) un enjeu social:

Les discours qui ont été tenus sur les mineurs ont été fabriqués pour contrer une réalité qui était préoccupante au 19ème siècle: celle de la révolte et de la grève. Les mineurs ont été une corporation turbulente, les grèves étaient très nombreuses, aussi bien dans le Nord/Pas-de-Calais que dans la Loire.

Je citerai ce passage d'un ouvrage écrit en 1899 où l'auteur dit: "Il existe peu de populations aussi remuantes que celles des mineurs, groupées par suite d'une raison toute géologique dans une série de bassins de faible étendue. Elles se trou­vent le plus ordinairement réunies autour de diverses exploitations de ces bassins à une certaine distance des villes. Dans un tel milieu qui peut sans peine prendre conscience de son importance, des revendications naissent facilement..."

(Les caisses de secours et de retraites des ouvriers mineurs par Georges WIOMER). Les grèves de mineurs inquiètent et deviennent un évènement national. A la fin du Second Empire en 1869, il y a eudes grèves importantes avec des interventions de la troupe: 13 morts à la Ricamarie dans le Bassin de Loire et 12 à Aubin, près de Decazeville. A la fin de l'Empire, il y a toute une littérature qui surgit à propos de la question sociale. On se demande: "Qu'est-ce qu'ils veulent, pourquoi ils se révoltent." C'est à cette époque, qu'apparaissent déjà les idées de participation aux bénéfices. On essaye d'inventer des solutions pour intégrer le prolétariat et conjurer la révolte. Les mineurs sont un prolétariat qui a été construit autour des gisements de charbon et on ne sait pas très bien comment maîtriser ces grosses masses qui n'ont rien à voir avec le prolétariat urbain "classique".

A l'époque, il n'y avait pas de syndicalisme; les mineurs se mettent souvent en grève de façon sauvage, brutale; les patrons et les autorités ne savent pas ce qu'ils veulent. Je prends l'exemple d'une grève qui parcourt tout le bassin minier du Nord à partir de la Compagnie de l'Escarpelle: les patrons ne savent pas pourquoi les mineurs se sont mis en grève et puis un peu par hasard, on arrête un mineur et on trouve les revendications sur lui écrites sur un papier. Ouf, enfin on sait ce qu'ils veulent. Vous voyez un peu le type d'inquiétude qui pouvait exister! Les mineurs ne disaient rien, ils faisaient sécession. Parfois même,ils partaient se cacher dans une forêt et c'était une source d'inquiétudes pour les patrons et d'éton­nement pour les journalistes.

c) un enjeu politique

C'est un peu la conséquence de l'enjeu économique et social. Les mineurs représentent une masse dont le contrôle et la gestion n'échappent à aucun gouvernement, que ce soit sous le Second Empire ou la 3ème République. Il apparaît très vite que finalement il faut trouver des solutions et que réussir avec les mineurs, c'est réussir avec tout le prolétariat. C'est pourquoi au début de la 3ème République, il y a un certain nombre de lois qui vont être débattues et votées au parlement qui vont concer­ner d'abord les mineurs: sur "les caisses de secours", "l'hygiène et la sécurité", "les délégués mineurs" etc... Il y a une espèce d'attention et de vigilance "expéri­mentale" autour de la corporation minière. Il y a ce que j'appellerai une surdéter­mination du regard et des dispositifs mis en place autour des mineurs à cause de tous ces enjeux. C'est ce qui explique cette mythologie dont je vais maintenant parler.

2 - LA MYTHOLOGIE DU TRAVAIL (ou la particularité du mineur)

a) qui dit mythologie dit représentations, récits, discours.

Le premier élément que je veux mettre en évidence, c'est ce que j'appellerai "l'idéologie du travail" ou la valorisation par le travail.

Je partirai d'un texte, le premier que j'aie pu personnellement retrouver dans les archives, au moment de la révolution de 1848.

LEBRET qui est le Directeur - Régisseur de la Compagnie d'Anzin écrit en 1848: "Le mineur aime sa fosse comme le marin aime son navire". L'inscription du thème de l'amour du travail dans le cas précis de cette corporation trouve ses racines autour de la particularité du métier de mineur. On dit que le métier de mineur, ce n'est pas un travail comme les autres et "le mineur n'est pas un ouvrier comme les autres". L'idée d'amour du métier s'enracine autour de deux thèmes:

- la dureté du travail; on dit que le travail du mineur est dur parce qu'il se joue dans un face à face avec la nature;

- on dit aussi qu'il est dangereux: il est dangereux parce qu'il y a les risques, il y a la mort et les catastrophes.

D'où très tôt l'assimilation du mineur à "un soldat" et à un "combattant".

Cette dureté et cette dangerosité supposent comme qualités: le courage (le mineur est quelqu'un de courageux) et le sacrifice (le mineur est quelqu'un qui se sacrifie volontiers).

On peut représenter la chaîne métaphorique de la façon suivante:

 

       
       

 

 

Travail                        Qualités

Dureté                                    courage.

                                                                                                       Héros

Amour du travail

                                                                                                       Soldat

                                      Danger                           Sacrifice

                                                                                             

et fier de l’être

 

 

Je citerais un texte qui a été écrit en 1857 par SIMONIN dans un ouvrage qui s'appelle: "La vie souterraine ou les mines et les mineurs". SIMONIN en 1867 était un ancien ingénieur des mines de la Loire. Il a été au 19ème siècle le principal idéologue des Compagnies; dans un chapitre qui s'appelle "le soldat de l'Abîme", il écrit: "La lutte de chaque jour contre ce que nous avons appelé avec notre grand poète Hugo l'Anankè[1], la fatalité des éléments, a fait du houilleur une sorte d'ouvrier - soldat, discipliné, plein d'énergie. Dans cette armée du travail, les vieux instruisent les jeunes, et ceux-ci acquièrent bien vite, par la pratique assidue du chantier, une foule de qualités solides, la patience, la réflexion, le sang-froid, sans lesquelles il n'est pas de bon mineur.

Il faut rompre aussi le corps aux plus dures fatigues, braver en face de continuels périls, s'accoutumer à la vie sous terre. Voyez-vous ces hommes qui sor­tent du puits à la brune, la lampe à la main, la démarche alourdie et comme résignée, la figure noircie, les habits et le chapeau mouillés, couverts de boue? Où vont-ils? Ils rentrent dans leurs familles, calmes, silencieux. Saluez en eux les obscurs et  virils combattants de l'abîme, les pionniers du monde souterrain".

Le mineur est assimilé très tôt à quelqu'un qui aime son métier, mais remarquez qu'on ne lui demande pas son avis!

Les Compagnies minières par contre tirent beaucoup de bénéfices à faire croire aux mineurs qu'ils doivent aimer ça et à répercuter un peu partout cette image. Petit à petit se forgent l'idée, l'image que le mineur aime son métier, qu'il n'hésite pas à se sacrifier, qu'il est courageux en toute occasion. La mise en place de cette représentation commence très tôt en exploitant les temps forts de la mine: les grèves mais aussi les catastrophes. On trouve dès 1812 le mythe fondateur autour d'une catastrophe qui se produit du côté de Liège et qui fait plusieurs dizaines de morts. Un mineur qui s'appelle Goffin va sauver 60 de ses camarades: il va être décoré par Napoléon 1er. C'est le premier mineur héros, courageux, prêt à sacrifier sa vie pour les autres. Voici ce que dit un historien des mines à la fin du 19ème siècle: "La décoration de la légion d'honneur que les grognards n'obtenaient pas toujours après 20 combats, fut accordée à un mineur ayant sauvé 60 de ses camarades dans une explosion survenue aux mines du département de l'Ourthe" (Gras - Histoire des mines de la Loire 1923). On édifie un buste à Goffin et en dessous de son buste, on écrit: "Je veux les sauver tous ou ne plus leur survivre!". Cette thématique va être amplifiée par Simonin que je viens de vous citer et qui a dispensé quelques ouvrages sur le mineur. Lorsque se produit une catastrophe minière, Simonin va tenir des conférences à grand spectacle où il diffuse une mythologie du mineur "héroïque". J'ai retrouvé une de ses conférences à la Bibliothèque Nationale: elle date de 1876, après une catastrophe qui fait près de 200 morts au puits Jabes dans la Loire: c'est tout à fait édifiant! Cette mythologie est reprise dans les journaux: 'Regardez ces mineurs comme ils sont courageux etc..." Je me suis demandé pourquoi cette insis­tance à "héroïser»les mineurs. Je pense, car c'est une hypothèse, que cette insistance à héroïser les mineurs s'explique en partie par la résistance qui pouvait s'exprimer chez les premiers mineurs à être ces hommes prêts à se "sacrifier" à tout instant.

J'ai retrouvé un texte aux archives du Centre Historique Minier de Lewarde où on voit très bien que les mineurs n'ont pas du tout envie de se sacrifier, d'être des héros. C'est à propos d'une catastrophe minière qui se produit en 1827 près de Denain. Voici le rapport qui est fait par les porions au maire de la ville; ils disent: "Nos exhortations et les encouragements que nous avons donnés à quelques uns de nos ouvriers les plus courageux, les ont décidés à descendre pour tenter de sauver leurs camarades; encouragés cependant par nos prières et par l'humanité, nous avons trouvé de généreux ouvriers qui se sont dévoués, qui ont bien voulu risquer leur vie pour sauver celles de leurs camarades. Effectivement en restant jusqu'à la fin sur le théâtre du désastre priant et menaçant tour à tour nous avons eu le bonheur de faire retirer 37 ouvriers qui, saisis par la fumée, étaient restés sans force dans la fosse." Si on a dû prier, exhorter et même menacer les mineurs, c'est qu'ils n'avaient pas tellement envie de descendre, d'être comme Goffin, des héros. Ce qui intéressait les mineurs - et la réaction est humaine - c'est plutôt d'échapper à la mort que de risquer leur vie pour sauver leurs camarades.

J'ai retrouvé un certain nombre de textes sur les tout débuts de la mine des Compagnies d'Aniche et d'Anzin pendant la Révolution Française: où on voit très bien aussi que dès qu'il se passe quelque chose d'un peu contrariant pour eux ou d'un peu fâcheux, les mineurs s'en vont ou font grève sur le tas. Ils n'ont pas tellement envie de laisser leur peau au fond de la mine. Il a donc fallu inculquer cette idée d'héroïsme et d'amour du travail: elle n'était pas du tout innée. Ce qu'on attribue à la nature du mineur, c'est le fruit d'un long travail de persuasion. On compare aussi le mineur au marin ou au soldat. On dit: "Le mineur aime sa fosse comme le marin son navire, comme le soldat aime son champ de bataille etc..."

Il faut voir ce que cela signifie. Quand on lit de très près la littérature patronale, on voit que, plus que de vouer un culte au mineur; il s'agit de l'inciter à la discipline. Et là-dessus les Compagnies ont eu fort à faire pendant tout le 19ème siècle et une partie du 20ème siècle. Si actuellement on peut penser que la situation est très calme, que les mineurs sont une corporation assagie et résignée, cela n'a pas toujours été le cas, comme je vous l'ai signalé. Voilà ce que disait un patron des Compagnies qui n'était pas fou: "On a comparé quelques fois le mineur au marin. La comparaison est juste: elle ne fait que confirmer cette assertion qu'il faut une discipline aussi forte dans une mine qu'à bord d'un navire". E. Dupont, 1883.

Tout le discours sur l'héroïsme, le courage était rabattu vers la discipline.

b) Ce qui est frappant, c'est de voir que les mineurs n'ont pas parlé d'eux-mêmes en d'autres termes que leur patron. Du moins en ce qui a rapport avec cette identité "mythologique": courage, héroïsme, soldat, martyr. Evidemment, ils ont donné un point de vue différent sur les finalités patronales. Ils n'étaient pas sans savoir qu'ils étaient exploités mais il y avait à l'arrière fond toujours ce discours mythologique, cette identité toute faite qu'ils ont repris.

Voici ce que dit par exemple Rondet. Rondet, c'est le premier leader syndical qui apparaît au début des années 80 dans la Loire: "Le mineur n'est pas un ouvrier ordinaire, c'est en un mot un soldat qui combat constamment pour remplir les coffres forts de nos capitalistes". On retrouve l'idée de soldat qui vient di­rectement de Simonin. Quand on regarde ce qu'il se passe sur la scène syndicale dans les congrès ouvriers, dans les congrès des mineurs, on voit que les mineurs tiennent sur eux, quand ils parlent, un discours à la fois résigné et calculateur. Vous savez qu'après la commune de Paris, il y a eu une espèce de black out, le mouvement ouvrier a été complètement décimé et n'apparaît au grand jour en 1875/1876. En 1879, il y a un congrès ouvrier à Marseille, où plusieurs mineurs sont présents; les représentants des mineurs qui viennent principalement de la Loire disent en gros: "D'accord pour se sacrifier, mais qu'on nous donne des contreparties".

Je vous cite un extrait du discours du mineur Forissier: "Les mineurs continueront à rester les martyrs du travail, du danger et du dévouement, mais ils veulent comme les autres corporations marcher au progrès et à l'émancipation".

Ce qui revient à dire: d'accord on est prêt à mourir, à être courageux, à être des héros mais on veut des contreparties... Si on regarde la littérature syndicale de l'époque, on s'aperçoit que les mineurs reprennent à leur compte cette idée de risquer leur vie, d'être des héros, des martyrs, etc... J'ai consulté le premier journal écrit et édité par les mineurs, qui date de 1891 et qui s'appelle "Le travail du mineur". On retrouve évidemment en première ligne la volonté de luttes, d'émancipation, d'échapper à l'exploitation. Mais tout ce qui concerne la façon dont les mineurs parlent d'eux, reproduit complètement la façon dont les patrons en par­lent.

Voici un certain nombre de textes extraits de: "Réveil des mineurs"

* Chanson écrite par un mineur:

«Ah le mineur est admirable, son rôle est beau, plein de grandeur,

C’est un héros que rien n'accable, connaît-il seulement la peur?"

* Ou encore un poème:

«Esclave couché sous la terre, mort vivant creusant son tombeau

Le mineur solitaire

Pioche à côté de son flambeau, tout à coup ébranlant la mine,

Le grisou sombre épouvantail, vient par derrière et l'assassine

Victime du travail."

* Un autre toujours:

«Ne ris pas enfant de l'ouvrier mineur

Car le mineur, vois-tu, souvent meurt sur la brèche

Comme un vaillant soldat pour donner la chaleur."

* Le chant du mineur sur un air qui s'appelle le grisou:

«La cage descend dans la mine. Bas les hommes au fond du puits, pas une voix ne récrimine. Dans le trou béant de la nuit, les braves vont à la bataille. Ils sont de taille pour le contrat des galériens. Bientôt les sombres galeries s'empliront de voix de mineurs cherchant le pain de l'industrie, ainsi que pour eux et les leurs dans la tâche ardente, sublime le vrai courage des héros que l'on ne voit pas dans l'abîme, peinant sans trêve, ni repos. Tout autour d'eux, c'est la menace du grisou, des éboulements et quand la mort affreuse passe dans ses farouches éléments, mais peu importe, c'est pénible, c'est noble et c'est grand, plein de beauté car il faut bien du combustible pour la marche de l'humanité."

* Dernier texte:

"Le martyr du prolétariat, le mineur c'est le paria de la terre, il ne sait qu'enfanter dans les pleurs, il doit être un souffre-douleur de la terre."

c) dans son ensemble le syndicalisme des mineurs a repris de façon, complètement acritique cette identité prolétarienne fondée sur l'amour du travail, la sédentarisation subie et le risque professionnel. Le syndicalisme avait bien dans ses objectifs de s'attaquer à l'exploitation, mais il a passé sous silence ce qui rendait possible cette exploitation: à savoir que cette exploitation était fondée sur cette identité prolétarienne, ancrée sur des valeurs aussi peu libératrices que la valorisation par le travail et par le risque.

Il y a un impensé qui va parcourir toute la corporation et cet impensé c'est cette identité qu'on a fabriquée pour les mineurs, qu'on leur a imposée et que finalement ils n'ont pas cherché à remettre en question.

Je me demande dans quelle mesure il était possible d'échapper à l'exploitation si on ne remettait pas en cause ces valeurs sur lesquelles était fondée l'ex­ploitation. Mais une autre question se pose aussitôt: Etait-ce historiquement possible? On pourrait faire des parallèles entre le discours patronal et le discours tenu par les mineurs ou par les syndicats. Je vous ai parlé tout à l'heure des conférences que faisait M. Simonin. On en trouve le pendant un peu douteux du côté des mineurs; des mineurs ont créé au début du 20ème siècle ce qu'on appelle: "La mine mécanique". J'ai trouvé dans "Liberté" (journal du P.C. dans le Nord), du mois de décembre 1978 un texte dans la rubrique: "Entre nous, gens du Nord"; deux habitants de Douchy les Mines, mineurs de leur profession, entreprirent de construire une maquette représentant la mine. Ils exhibaient dans les foires une "mine mécanique" dans laquelle ils représentaient le travail du mineur et ils indiquaient en gros caractères sur leurs affiches: "Vous y verrez, entre autres, diverses  catastrophes." Ainsi des mineurs passaient dans les corons, dans les villages au moment des foires et ils exhibaient des catastrophes, ils donnaient des spectacles de catastrophes, comme SIMONIN faisait des conférences sur les catastrophes.

Comment se fait-il qu'au lieu de provoquer un sentiment de révolte et de refus, les catastrophes devenaient même chez les mineurs l'objet de spectacle et d'exhibition? Je me suis étonné de voir que même aujourd'hui cette idée de «Mine mécanique» était rapportée sans provoquer le moindre étonnement. Comme si l'idée de la mort au travail était une composante à la fois spectaculaire et normale de la vie du mineur. N'est-ce pas là en définitive que se marquent l'ancrage et la victoire du mythe? Il y a quelque chose de troublant.

3 - LE MINEUR: AVANT GARDE DU PROLETARIAT

(Ou l'universalité du mineur)

La deuxième composante de cette mythologie c'est l'idée que le mineur est l'avant-garde du prolétariat. C'est un thème qui parcourt la corporation surtout à partir de 1880. Voici ce que dit une historienne: Michelle PERROT: "La grève type sera longtemps celle des mineurs, comme ces derniers, parés des prestiges terrifiants de l'enfer noir[2], sont au 19ème siècle le symbole même du prolétariat" (Les ouvriers en  grève) Edition Mouton, 1973.

Et elle ajoute: "La mine et les mineurs sont le thème de prédilection de l'iconographie ouvrière de l'Illustration, ils fournissent environ les 3/4 des gravures entre 1870 et 1914".

A cause de leur révolte, de leurs turbulences, les mineurs vont entrer dans toutes les stratégies politiques: celles des républicains d'abord, des socia­listes ensuite et du parti communiste après 1920. A l'aube de la 3ème république, en 1880, c'est la classe politique républicaine, radicale qui prend le pouvoir et les mineurs leur posent immédiatement problème; en 1884, une grève dans le Nord/Pas-de-Calais dure 56 jours. Ces grèves ne vont pas sans poser un certain nombre de questions. Les républicains vont se pencher très vite sur les mineurs et voici ce que dit l'auteur d'un ouvrage qui s'appelle: "Les cahiers de doléances des mineurs» (1882); c'est un journaliste républicain qui s'intéresse beaucoup aux mineurs et qui écrit dans un journal qui s'appelle "le capitalisme", ce qui ne manque pas de piquant. Toujours est-il qu'il va écrire au nom des mineurs, le premier "cahier" où les mineurs vont exprimer leurs revendications. Voici ce que dit ce journaliste Georges Stell: "Les intérêts des mineurs français représentent ceux de tous les ouvriers dans notre pays. L'industrie de la houille est la mère de toutes les autres. C'est là que le travail est le plus pénible, c'est là que le danger est perpétuel et la misère menaçante. A tous ces titres, les mineurs ont le droit de parler au nom du prolétariat?". Il y a l'idée que les mineurs repré­sentent toute la classe ouvrière, les mineurs symbolisent tout le prolétariat. Ce n'est pas par hasard si Georges Stell, qui représente le point de vue des gou­vernants républicains, prend le parti des mineurs. Les mineurs à l'époque vont ser­vir les républicains pour attaquer les dirigeants des Compagnies qui sont en majo­rité monarchistes ou bonapartistes, les républicains essayent de manifester une certaine sollicitude pour les mineurs. Et ils vont utiliser un thème qui va enrichir la mythologie et qui fera recette: le misérabilisme. On va tout dire, on va décrire les conditions de travail des mineurs, on va parler de leur misère, on va dire comment ils vivent, comment ils sont traités.

"Accablé de chaleur, mouillé par l'eau, complètement nu, il halète, il souffre. Il n'existe pas de labeur plus dur, plus écrasant, plus répugnant; et cependant les ouvriers qui en sont chargés tiennent à y rester".

Il raconte l'histoire du mineur qui remonte de sa fosse.

"L'homme remonte péniblement. Il suit le méandre des galeries par des chemins accidentés, toujours dans la nuit, les pieds dans l'eau; il monte, redescend, oblique à droite et à gauche, guidé par le feu terne des lampes et les coups de sifflet du porion, longe les couloirs étroits, empestés, encombrés, se gare des wagonnets lancés à toute vitesse sur les rails. En cheminant, il s'applaudit d'avoir cette fois encore échappé au coup de grisou, à l'éboulis, à l'incendie des boisages, à l'inondation, au feu des coups de mine. Il arrive au jour, éreinté, noir, les vêtements mouillés par sa sueur, les yeux brûlants, l'estomac irrité, la tête pesante; il a souvent 2, 3 ou 4 kilomètres de marche avant de tomber inerte sur un siège, dans sa misérable demeure: heureux s'il a une veste de rechange et s'il y trouve une famille qui le reçoive avec des sourires. Il a peiné pendant 12 heures; il va dor­mir pendant 8 à 10 heures et retombera le lendemain dans cet enfer que Dante n'a pas osé rêver."

Du côté des socialistes, c'est un peu différent: les guesdistes qui sont un peu les précurseurs du Parti Communiste, s'intéressent à la corporation minière et introduisent l'idée de corporation d'avant-garde.

Voici un texte qui a été écrit en 1891 pour le congrès national des mineurs qui se tient à Commentry. La corporation minière commence à se syndicaliser régiona­lement et nationalement vers les années 1882-1883. Une fédération nationale des mineurs existe et en 1891 voici ce que l'on dit lors d'un congrès à Commentry:

 

 

"La question sociale doit être réduite à sa plus simple expression. Au lieu de perdre son temps à convertir au communisme tous ceux qui de près ou de loin touchent au prolétariat et ont avec lui des intérêts identiques, on devra s'attacher à une seule corporation pour trois raisons:

- parce que plus que tout autre ouvrier le mineur est à même de compren­dre les nécessités d'une transformation sociale

- parce qu'il est la plus complète survivance du serf féodal et de l'es­clave antique s'il n'en est une aggravation

- parce qu'il tient dans ses mains la source de l'industrie moderne et par suite de la société entière

Donc, on travaillera tout spécialement le mineur. On fera de la corporation minière la corporation d'élite. On en syndiquera étroitement les membres d'une façon nationale d'abord puis internationale, pour aboutir à la grève générale des mineurs où gît le salut de la classe ouvrière toute entière".

Cette idée d'avant-garde réapparaît souvent. J'ai retrouvé en 1912, au cours d'un congrès de mineurs cette remarque: "Quand l'heure de la lutte arrivera, les mineurs seront comme toujours à l'avant-garde du prolétariat".

Donc il y a cette idée que les mineurs vont être le fer de lance de l'émancipation et de la révolution: "C'est par le charbon que se fera la révolution» dit une chanson.

La troisième époque de cette mythologie, c'est le Parti Communiste qui va l'écrire; je me replace à une période essentielle qu'est celle de la bataille du charbon après la guerre de 39/45. Je dirai que le Parti Communiste français après la guerre va réactiver tout ce stock d'images et de mythes pour une cause qui était à l'époque "la renaissance française" par le charbon, la marche des mineurs comme avant-garde du prolétariat va reprendre toute sa vigueur. Le mineur à la libération va être présenté comme un ouvrier d'élite et un peu comme le prototype de l'homme nouveau. Le Parti Communiste va systématiser tous les éléments de cette mythologie; il n'invente rien, il va simplement se contenter de gérer, mais d'une façon très efficace tout ce stock d'images qui existe depuis le 19ème siècle.

Je citerai deux textes particulièrement significatifs: un texte de Thorez dans Liberté en 1950. Thorez célèbre son anniversaire et il est interviewé à cette occasion, on lui demande: "Que penses-tu de nos mineurs?"

- "Un métier terrible, des gars magnifiques, oui, un beau métier. Il tra­duit le vieil effort de l'homme qui veut se rendre maître de la nature... Au com­battant il n'emprunte pas seulement ses postures, il en possède la ténacité, le courage, l'esprit d'équipe, l'entraide. Il me semble que pour descendre à la mine, il faut être né dans le coron. Ce dur métier est moins  un métier qu'une destinée. N'importe qui ne descend pas au fond, chez nous on est mineur de père en fils: ce sont nos parchemins de noblesse. La valeur d'un ouvrier est faite de son expérience et de son habileté, mais aussi d'un certain acquis héréditaire, d'une formation  inconsciente. Puis un jour sonnera pour lui l'heure de la retraite, il regrette le temps où il descendait à la mine, il voudrait être de nouveau jeune et se retrouver dans la taille la rivelaine à la main!".

Vous savez que jeudi 6 décembre [1979] à Lens, Georges Marchais est venu faire un discours sur la bataille du charbon. Il a réutilisé cette image de la "Noblesse  du métier» et du "beau métier" dans le droit fil des métaphores thoréziennes.

A côté de la valorisation par le travail, on retrouve la valorisation par le risque et la mort au travail. Voici un texte d'Auguste Lecoeur, qui était maire P.C. de Lens et aussi ministre de l'énergie dans le gouvernement prononcé à l'occasion de l'enterrement de 13 mineurs tués dans une catastrophe:

"Lorsque nous luttions pour libérer le pays, la meilleure façon de venger nos morts était de frapper plus fort que l'ennemi. Aujourd'hui des camarades sont tombés dans la bataille pour la Renaissance française: nous les vengerons en redou­blant nos efforts pour relever le pays; "

C'est assez significatif. Cela veut dire: des mineurs sont morts mais justement on va prendre appui sur ces morts pour produire encore davantage. On se garde bien de mettre en cause les conditions de travail. Il faut dire que les com­munistes sont au gouvernement et à la direction des Houillères Nationalisés; l’un explique peut-être l'autre... Cette idée de valorisation par le travail et par la mort au travail est vraiment l'axe constitutif de cette mythologie. On pourrait retrouver cette mythologie vivante dans toutes les affiches de l'époque de la bataille du charbon. "Le mineur est le 1er ouvrier de France, la France entière a les yeux tournés vers vous» etc... dit le texte d'une affiche. On valorise les mineurs, on les met en avant et on leur signifie: soyez à la hauteur, souriez... et les mineurs sourient sur fond de bleu azur sur les affiches. Alors que dans la réalité...

4 - Pour terminer, je voudrais poser la question:

Est-ce que tous les mineurs se sont reconnus dans cette image, est-ce qu'il n'y a pas eu des contre discours; des gens qui ont dit autre chose que ce qu'on voulait bien dire des mineurs. En réalité il n'y a pas eu de contre discours collectif à cette mythologisation de la mine et du mineur. Ce que l'on trouve, c'est simplement des voix individuelles et des révoltes personnelles de mineurs qui ont mis en cause toutes ces valeurs du mythe et qui finalement, ont essayé de faire entendre une voix un peu discordante. Je vous les cite simplement pour information: il y a d'abord des mineurs qui ont écrit, ils sont peu nombreux. Je citerais un auteur qui s'appelle Constant Malva, mineur belge qui a écrit une oeuvre assez importante; un de ses livres qui s'appelle: "Ma nuit au jour le jour" écrit en 1937, qui a été réédité récemment par les éditions François Maspero. Il tient justement un discours qui est complètement différent, qui laisse apparaître des ruptures avec le discours officiel. Il dit notamment que ce n'est pas vrai, que les mineurs aiment tellement leur travail:

"Je ne pense pas que nous soyons les héros que la presse de toute couleur se plaît à vanter après les grandes catastrophes. Nous ne sommes que de pauvres hommes qui contrairement à ce qu'on raconte, ont un métier qu'ils haïssent."

Il écrit encore:

"Nous n'allons pas à la fosse par devoir mais par nécessité, parce qu'il faut gagner sa vie. Ce n'est pas vrai que le mineur aime son métier. Ils ont du mal à s'en défaire, mais de là à l'aimer! Ils se maudissent tout le temps de l'avoir choisi; ils ne l'ont d'ailleurs pas choisi, il leur fut imposé par certaines circonstances. Oui les mineurs maudissent leur métier."

Il y a aussi des textes qui ont été écrits par des journalistes et qui sont complètement révélateurs de ce que pouvaient penser les mineurs et qu'on n'a pas voulu entendre. J'en veux pour exemple des articles qui ont été rédigés en 1906 après la catastrophe de COURRIERES qui a fait 1100 morts. A la suite de cette catastrophe, une grève s'est déclenchée qui a duré deux mois. Evidemment toute la presse nationale s'est précipitée à COURRIERES et dans les mines du Nord.

Un journaliste du "Petit journal illustré" essaye de faire parler les mineurs et rédige un article qui s'appelle: "La vie du mineur":

"Après la catastrophe, dans les premiers instants de l'épouvante des mineurs ont dit à quelques uns de nos confrères que s'ils exerçaient ce métier périlleux, c'était faute de pouvoir en choisir un autre, mais qu'ils étaient houilleurs malgré eux, à leur corps défendant. Et les personnes qui ne sont point familiarisées avec les moeurs des pays miniers, les ont crus sur parole et en ont conclu que l'attachement du mineur à la mine était une légende".

"Rien n'est plus réel cependant  et je gagerais bien que, parmi ceux qui sont sortis vivants de la fournaise, il en est plus d'un qui en donnera la preuve en retournant bénévolement au fond. Il faudrait n'avoir jamais vécu dans un centre minier pour croire le contraire. Si d'autres industries existaient dans la région, disait un de nos confrères, les mineurs abandonneraient la mine pour y courir en foule... Eh bien! Mais n'existent-elles pas ces industries?... Et les hauts-fourneaux?... Et les verreries?... Mais qu'y gagneraient-ils les mineurs? Le métier de puddleur est plus dur encore que le leur et celui du verrier, du verrier qui vit absolument dans le feu... n'est pas plus enviable. Aussi les mineurs n'envient-ils pas, quoi qu'on dise, le sort des autres travailleurs. Leur métier est pénible, dangereux, soumis aux risques des éboulements et des coups de grisou, mais ils aiment leur métier et, comme je le rappelais récemment ici même, en citant des exemples, ils en ont la fierté,"

Vous voyez ce qui est très curieux, le journaliste entend des gens qui disent: non, la mine, on n'aime pas spécialement ça, si on fait ça, c'est parce qu'il n'y a rien d'autre - et il révoque purement et simplement le discours pour ré établir la primauté du mythe.

L'information est faite pour donner une image des mineurs, qui ne correspond pas du tout à ce que disent les mineurs. C'est-à-dire qu'au fond, on fait semblant de donner la parole aux mineurs, on dit: ils disent ça, mais ils ne savent pas ce qu'ils disent.

Voici un deuxième morceau que je trouve tout à fait savoureux; après la catastrophe de Courrières, il y a des mineurs qui sont remontés vivants 20 jours après le coup de grisou.

Cela remue l'opinion et le gouvernement se dit: il faut faire quelque chose pour eux. Alors on envoie un ministre pour les féliciter.

Voilà ce que dit le journaliste qui assiste à l'entrevue entre Bartou, ministre des travaux publics et les mineurs rescapés:

"Je suis heureux et fier aussi, de vous apporter, avec mes félicitations personnelles, les félicitations du gouvernement de la République. Je vous remercie et je vous félicite du merveilleux courage que vous avez montré en ces pénibles circonstances; par votre dévouement, par votre admirable présence d'esprit, vous avez sauvé la vie de vos camarades. Mais ce n'est pas seulement l'acte de courage que vous avez accompli que la République me charge de récompenser. Je vous apporte la croix de la Légion d'Honneur et je la donne en même temps qu'au vaillant que vous êtes, au brave homme qui a trente ans de service dans la mine, au père de famille, à l'ouvrier honnête et sérieux, estimé de tous, admiré par tous, qui a été un parfait honnête homme et dont la vie entière de travail et d'honneur est un exemple vivant. Vous vous êtes très bien conduits pendant vingt jours au fond de la mine, mais vous vous étiez toujours bien conduits. Je suis donc tout particulièrement heureux au nom du gouvernement de la République de vous faire Chevalier de la Légion d'Honneur".

Enfin, Monsieur Bartou s'adressant à tous les autres survivants, leur dit:       "Et vous tous mes amis, vous avez été aussi de braves gens. Dans cette terrible aventure vous avez tous payé de votre personne, tous vous avez contribué au sauvetage de vos camarades. Vous êtes dignes aussi d'être récompensés. J'ai la joie de vous annoncer que le gouvernement vous décerne à tous la médaille d'or de 1ère classe, la médaille qui récompense les grands dévouements et las belles actions des hommes courageux."

Et d'une voix commune les rescapés répondirent d'un simple mot:

"Ch'est ben!";  alors le journaliste ajoute : que ce "ch'est ben" ne leur fasse pas croire que les mineurs ont manqué d’enthousiasme, ils se sont contentés d’une faible approbation, ce "ch'est ben" l’exclamation familière qui caractérise l’absolue satisfaction! ce "ch'est ben" signifie qu’à leur avis, il en a été fait pleine justice, qu’ils sont contents sans arrière pensées. Il termine en disant: « Alors ce sera au tour de la France entière de dire "ch'est ben!"

Quand on lit ce texte on voit bien que les mineurs qui disent "ch'est ben" c'est qu'ils en ont gros sur le coeur et qu'on leur fait dire exactement le contraire de ce qu'ils pensent. On peut imaginer sans peine ce que pensaient les mineurs et les familles de mineurs après la catastrophe.

La leçon de ces articles - si leçon il doit y avoir - c'est qu'il est extrèmement important d'écouter ce que disent les mineurs avant toute réinscription de leurs dires dans un schéma d'analyse politique, syndical ou journalistique.

Ce que disent et pensent les mineurs n'est pas forcément ce qu'on leur a fait dire pour des raisons bien compréhensibles. On retrouve aussi bien dans des textes écrits que dans des témoignages oraux, une autre façon que les mineurs ont d'exprimer leur révolte contre ce qu'on a fait d'eux. Lorsque les mineurs disent: "moi je suis mineur, je n'ai pas pu faire autrement... ce que je ne veux surtout pas c'est que mon fils soit mineur...»Voici ce que dit Malva dans son livre (c'est un mineur qui lui parle):

"J'ai un fils qui est en âge de travailler, s'il parle de venir à la fosse, je lui coupe les bras à ras les deux épaules."

Autre témoignage, celui de Louis Lengrand: c'est un mineur du Nord qui a écrit un livre ou plus exactement, il s'est fait interviewer par une journaliste du Nouvel Observateur, qui s'appelle Maria Crepeau et cela a produit un ouvrage qui a été publié aux éditions de Seuil en 1974 qui s'appelle: "Louis Lengrand, mineur du Nord". Il écrit: "Un mineur préfère voir son fils piller les banques, faire le voyou, vendre des cacahuètes plutôt que de le voir descendre à la mine."

Il écrit aussi qu'il a vécu toute sa vie, rivé au travail et au rendement puis quand il a été silicosé, il est parti se faire soigner et il dit: "Je ne savais pas ce que c'était la vie, il a fallu que j'aille au sanatorium pour comprendre, pour voir." C'est au moment où il a dû se faire soigner qu'il a commencé à comprendre qu'il y avait d'autres horizons, une autre vie possible!

Combien me parait révélatrice cette espèce de violence que manifestent les mineurs quand ils parlent de leur métier, de ce qu'on leur a fait subir.

Mais cette révolte s'exprime de façon oblique, indirecte. Il n'est pas facile de parler librement, de remettre en cause cette identité fondée sur cette mythologie parce que se pose immédiatement la question: quoi mettre à la place; il n'est pas facile de fonctionner en dehors d'une identité collective.

En conclusion, je voudrais livrer mon appréciation personnelle: je dirais que toute cette mythologie du mineur a conduit à une impasse. On a appris aux mineurs à aimer le risque et à le valoriser. Le bon ouvrier, c'est celui qui sait prendre des risques, ne pas se plaindre quand il met sa vie en danger et éventuellement celle des autres. Le rapport de complicité avec les thèmes patronaux du rendement et de la productivité explique pourquoi il n'y a pas eu de réactions collectives quand s'est produite une catastrophe minière aussi douloureuse que celle de Liévin en 74, qui a fait 42 morts. Il y a un décalage entre discours syndical sur la sécurité et le fonctionnement réel de la fosse: non respect calculé du règlement sur lesquels la direction, les mineurs ferment les yeux parce que c'est une des conditions du fonctionnement de la fosse tel qu'on l'a imposé au mineur et tel qu'il l'a subi et accepté. Là-dessus je vous renvoie à un autre livre écrit par un mineur André Theret qui s'appelle: "Parole d'ouvrier" et à la très dense préface "La condition du mineur" écrite par François Ewald (Editions Grasset).

Une des conséquences de cette mythologie de la mine, c'est l'absence d'alternatives proposées aux mineurs. La réussite des patrons des mines, c'est d'avoir borné l'horizon et les pensées du mineur à la mine.

Un auteur écrit au 19ème siècle: "Après le travail le mineur se repose et en temps ordinaire, le sujet de conversation est le travail." C'est là la grande victoire du mythe avec pour corollaire une certaine pauvreté culturelle: ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de ressources, de talents et de savoir-faire chez les mineurs, mais la possibilité de mettre en oeuvre la fonction utopique, c'est à dire un autre rapport au corps, à l'espace et à l'économie a bel et bien été barrée par cette formidable machine à aliéner les esprits et les corps, qu'à représenté selon moi, la mythologie du monde minier.

BRUNO MATTEI

 

LECTURES DU NORD

B. Mattei ou ce que cache la statue du mineur...

 

Bruno Mattei est un iconoclaste. Un briseur d'images consacrées. Un curieux qui s'en va déchirer la doublure des mythes. Le mineur, par exemple. Laboureur souterrain, marin des géologies profondes, héros du travail, avant-garde de la classe ouvrière, «gueule noire» rude mais solidaire jusqu'au sacrifice, quelle image a plus marqué l'inconscient collectif ré­gional depuis un siècle ? Cette statue du mineur de fond, Bruno Mattéi ne craint pas de la déboulonner après y être allé voir d'un peu plus près. Et tranquillement, il raconte comment ce mythe a été fabriqué par les pouvoirs (économique et poli­tique) afin d'apprivoiser les révoltes ouvrières. Un point de vue intéressant, non? En tout cas, un éclairage décapant sur une période de l'histoire du travail en Nord-Pas-de-Calais. Décembre 1974, 42 morts à la fosse 3 bis de Liévin. Profes­seur de philo, à l'époque "mao" (tendance July) et cor­respondant de "Libé", Mattei est sur les lieux. Il entend les hommages officiels au courage et à l'ab-négation des victimes. Il entend M. Mattéoli, président des Charbonnages s'écrier de­puis son fauteuil: "Nous au­tres, mineurs, nous sommes en deuil!". Il suit les cercueils de ceux qui ont été tués au fond alors que la récession des Houillères du bassin est déjà largement entamée. Et il ne comprend pas. Il voudrait bien comprendre. Cette résignation à ce qu'on ne peut nommer "la fatalité". Cette fierté jusque dans la mort. Treize ans plus tard, il publie "Rebelle, rebelle!" (1).

- Pourquoi ce titre?

- "La rebelle" à Marles et dans l'ouest du bassin minier entre 1870 et 1880, c'était la grève. "Faire rebelle", c'était faire faire grève. Je n'ai pas retrouvé trace ailleurs de cette expression. Elle me paraît très significative de l'état d'esprit des mineurs de l'époque. Des "mineurs malgré eux", des paysans artésiens que la pau­vreté ou la misère avaient jetés à la fosse. Et qui ne pensaient qu'à une chose: s'en échapper, momentanément par la cessa­tion du travail ou pour toujours. Car il ne faut pas perdre de vue qu'à l'origine, le mineur, paysan reconverti par la crise, hait la mine, ce milieu anti-na­turel et de tous les dangers. Lors des premiers mouve­ments, le réflexe naturel des ouvriers du fond, c'est de quit­ter leur environnement. D'aller se réfugier dans les bois voi­sins. De disparaître. A la grande peur des exploitants et des concessionnaires qui crai­gnaient de manquer de main d'oeuvre...».

- Quelle a été leur réac­tion?

- "D'abord, il leur a fallu fixer les travailleurs au plus près des puits. Par le logement et divers avantages annexes. Et puis, bientôt le pouvoir politi­que a pris le relais de l'écono­mique. Parce que le charbon c'était l'énergie. Alors, à partir de la III° République, on a favo­risé la transformation des asso­ciations ouvrières, fluctuantes et animées par la base, en syn­dicats stables reconnus comme interlocuteurs "responsables". La figure marquante fut alors celle de Basly, à la fois prési­dent du syndicat, maire et dé­puté. Désormais par sa bouche, la parole anarchique des mi­neurs est devenue discours or­ganisé dans le cadre des insti­tutions... Il n'y a plus de révolte, il n'y aura plus que des revendications. Et la mine de­vient une fatalité...".

- Mais cette évolution ne s'est pas faite sans résistance

- "Naturellement. La der­nière ou à peu près c'est la grande grève de 1906, après la catastrophe de Courrières qui fit 1.100 morts. Un mouvement qui échouera devant la fermeté de Clémenceau. Après cela, la voie sera libre pour Basly et son syndicalisme réformateur qui développera dans le même temps avec les pouvoirs, la mythologie du mineur, l'homme sans peur qui fouille les entrailles de la terre pour y trou­ver la précieuse énergie. Et cette image trouvera sa plus belle expression, après la der­nière guerre lors de la "bataille du charbon" menée par la C.G.T. et le Parti communiste alors que les Houillères ve­naient d'être nationalisées. Le mineur devient alors le travail­leur de choc dans la bataille de la production, mais il ne maîtri­sera pas davantage son destin. La mine ne sera jamais aux mi­neurs. Et aujourd'hui, il nereste plus que l'image en lam­beaux, la fin de l'exploitation étant programmée pour l'an prochain...".

Bruno Mattéi ne se cache pas d'avoir écrit en fonction de l'actualité. Mais à l'heure où l'histoire régionale de la mine s'achève, et où de multiples commémorations se préparent, son travail corrosif donne l'oc­casion aux esprits de bonne volonté d'aller voir un peu ce qui se cache derrière les clichés convenus.                                                                                            M. V.-P.

 (1) «Rebelle, rebelle! Révoltes et mythes du mineur - 1830 -1946»

aux éditions Champ Vallon, 320 pages illustrées, 154 F.

LA VOIX DU MARDI 2 FEVRIER 1988

 

Il y a des enjeux économiques énormes. C'est la conquête d'un nouvel eldorado

Il y a un leitmotiv qui revient constamment dans toute la littérature des Compagnies, c'est le manque de main d’oeuvre. C'est un point fondamental: les patrons des mines sont toujours en quête de mineurs

Le nomadisme est très important, les gens passent d'une Compagnie à une autre ou vont tenter leur chance ailleurs

L'enjeu était donc de retenir cette main d’oeuvre; d'où des dispositifs institutionnels pour fixer et sédentariser le mineur. Les maisons (corons), les jardins, les caisses de secours, les écoles, la médecine, toutes les institutions de loisirs ont été pensées d'abord dans une seule et unique perspective: fixer, retenir la main d’oeuvre et la façonner à certaines valeurs.

tenir un certain discours sur le mineur: le représenter pour les autres et pour lui de telle sorte qu'il intériorise cette image, qu'il s'y reconnaisse et dise de lui-même: c'est moi. D'où un discours très abondant au fur et à mesure que l'importance des enjeux se précise:

a) un enjeu économique:

Sans charbon, pas de révolution industrielle: ce point est clair

b) un enjeu social:

Les discours qui ont été tenus sur les mineurs ont été fabriqués pour contrer une réalité qui était préoccupante au 19ème siècle: celle de la révolte et de la grève. Les mineurs ont été une corporation turbulente, les grèves étaient très nombreuses,

Il existe peu de populations aussi remuantes que celles des mineurs, groupées par suite d'une raison toute géologique dans une série de bassins de faible étendue. Elles se trou­vent le plus ordinairement réunies autour de diverses exploitations de ces bassins à une certaine distance des villes.

Les mineurs sont un prolétariat qui a été construit autour des gisements de charbon et on ne sait pas très bien comment maîtriser ces grosses masses qui n'ont rien à voir avec le prolétariat urbain "classique".

c) un enjeu politique

C'est un peu la conséquence de l'enjeu économique et social.

réussir avec les mineurs, c'est réussir avec tout le prolétariat.

Ce qui intéressait les mineurs - et la réaction est humaine - c'est plutôt d'échapper à la mort que de risquer leur vie pour sauver leurs camarades.

Ils n'ont pas tellement envie de laisser leur peau au fond de la mine. Il a donc fallu inculquer cette idée d'héroïsme et d'amour du travail: elle n'était pas du tout innée.

Quand on lit de très près la littérature patronale, on voit que, plus que de vouer un culte au mineur; il s'agit de l'inciter à la discipline.

On a comparé quelques fois le mineur au marin. La comparaison est juste: elle ne fait que confirmer cette assertion qu'il faut une discipline aussi forte dans une mine qu'à bord d'un navire". E. Dupont, 1883.

Ils n'étaient pas sans savoir qu'ils étaient exploités mais il y avait à l'arrière fond toujours ce discours mythologique, cette identité toute faite qu'ils ont repris.

"Le mineur n'est pas un ouvrier ordinaire, c'est en un mot un soldat qui combat constamment pour remplir les coffres forts de nos capitalistes".

on voit que les mineurs tiennent sur eux, quand ils parlent, un discours à la fois résigné et calculateur.

Je vous cite un extrait du discours du mineur Forissier: "Les mineurs continueront à rester les martyrs du travail, du danger et du dévouement, mais ils veulent comme les autres corporations marcher au progrès et à l'émancipation".

"Le travail du mineur". On retrouve évidemment en première ligne la volonté de luttes, d'émancipation, d'échapper à l'exploitation. Mais tout ce qui concerne la façon dont les mineurs parlent d'eux, reproduit complètement la façon dont les patrons en par­lent.

Dans le trou béant de la nuit, les braves vont à la bataille.

Tout autour d'eux, c'est la menace du grisou, des éboulements et quand la mort affreuse passe dans ses farouches éléments, mais peu importe, c'est pénible, c'est noble et c'est grand, plein de beauté car il faut bien du combustible pour la marche de l'humanité."

Le syndicalisme avait bien dans ses objectifs de s'attaquer à l'exploitation, mais il a passé sous silence ce qui rendait possible cette exploitation: à savoir que cette exploitation était fondée sur cette identité prolétarienne, ancrée sur des valeurs aussi peu libératrices que la valorisation par le travail et par le risque.

Ainsi des mineurs passaient dans les corons, dans les villages au moment des foires et ils exhibaient des catastrophes, ils donnaient des spectacles de catastrophes, comme SIMONIN faisait des conférences sur les catastrophes.

Comme si l'idée de la mort au travail était une composante à la fois spectaculaire et normale de la vie du mineur.

"La mine et les mineurs sont le thème de prédilection de l'iconographie ouvrière de l'Illustration, ils fournissent environ les 3/4 des gravures entre 1870 et 1914".

Et ils vont utiliser un thème qui va enrichir la mythologie et qui fera recette: le misérabilisme. On va tout dire, on va décrire les conditions de travail des mineurs, on va parler de leur misère, on va dire comment ils vivent, comment ils sont traités.

Il suit le méandre des galeries par des chemins accidentés, toujours dans la nuit, les pieds dans l'eau;

Il arrive au jour, éreinté, noir, les vêtements mouillés par sa sueur, les yeux brûlants, l'estomac irrité, la tête pesante; il a souvent 2, 3 ou 4 kilomètres de marche avant de tomber inerte sur un siège, dans sa misérable demeure: heureux s'il a une veste de rechange et s'il y trouve une famille qui le reçoive avec des sourires. Il a peiné pendant 12 heures; il va dor­mir pendant 8 à 10 heures et retombera le lendemain dans cet enfer que Dante n'a pas osé rêver."

on devra s'attacher à une seule corporation pour trois raisons:

- parce que plus que tout autre ouvrier le mineur est à même de compren­dre les nécessités d'une transformation sociale

- parce qu'il est la plus complète survivance du serf féodal et de l'es­clave antique s'il n'en est une aggravation

- parce qu'il tient dans ses mains la source de l'industrie moderne et par suite de la société entière

"Quand l'heure de la lutte arrivera, les mineurs seront comme toujours à l'avant-garde du prolétariat".

bataille du charbon après la guerre de 39/45. Je dirai que le Parti Communiste français après la guerre va réactiver tout ce stock d'images et de mythes pour une cause qui était à l'époque "la renaissance française" par le charbon, la marche des mineurs comme avant-garde du prolétariat va reprendre toute sa vigueur. Le mineur à la libération va être présenté comme un ouvrier d'élite et un peu comme le prototype de l'homme nouveau.

Il me semble que pour descendre à la mine, il faut être né dans le coron. Ce dur métier est moins  un métier qu'une destinée. N'importe qui ne descend pas au fond, chez nous on est mineur de père en fils:

ce sont nos parchemins de noblesse.

Vous savez que jeudi 6 décembre [1979] à Lens, Georges Marchais est venu faire un discours sur la bataille du charbon. Il a réutilisé cette image de la "Noblesse  du métier» et du "beau métier" dans le droit fil des métaphores thoréziennes.

"Lorsque nous luttions pour libérer le pays, la meilleure façon de venger nos morts était de frapper plus fort que l'ennemi. Aujourd'hui des camarades sont tombés dans la bataille pour la Renaissance française: nous les vengerons en redou­blant nos efforts pour relever le pays; "

Il faut dire que les com­munistes sont au gouvernement et à la direction des Houillères Nationalisés; l’un explique peut-être l'autre...

On pourrait retrouver cette mythologie vivante dans toutes les affiches de l'époque de la bataille du charbon.

On valorise les mineurs, on les met en avant et on leur signifie: soyez à la hauteur, souriez... et les mineurs sourient sur fond de bleu azur sur les affiches. Alors que dans la réalité...

Constant Malva, mineur belge qui a écrit une oeuvre assez importante; un de ses livres qui s'appelle: "Ma nuit au jour le jour" écrit en 1937, qui a été réédité récemment par les éditions François Maspero.[3]

"Nous n'allons pas à la fosse par devoir mais par nécessité, parce qu'il faut gagner sa vie. Ce n'est pas vrai que le mineur aime son métier. Ils ont du mal à s'en défaire, mais de là à l'aimer! Ils se maudissent tout le temps de l'avoir choisi; ils ne l'ont d'ailleurs pas choisi, il leur fut imposé par certaines circonstances. Oui les mineurs maudissent leur métier."

Si d'autres industries existaient dans la région, disait un de nos confrères, les mineurs abandonneraient la mine pour y courir en foule... Eh bien! Mais n'existent-elles pas ces industries?... Et les hauts-fourneaux?... Et les verreries?... Mais qu'y gagneraient-ils les mineurs?

C'est-à-dire qu'au fond, on fait semblant de donner la parole aux mineurs, on dit: ils disent ça, mais ils ne savent pas ce qu'ils disent.

Je vous remercie et je vous félicite du merveilleux courage que vous avez montré en ces pénibles circonstances; par votre dévouement, par votre admirable présence d'esprit, vous avez sauvé la vie de vos camarades. Mais ce n'est pas seulement l'acte de courage que vous avez accompli que la République me charge de récompenser. Je vous apporte la croix de la Légion d'Honneur et je la donne en même temps qu'au vaillant que vous êtes, au brave homme qui a trente ans de service dans la mine, au père de famille, à l'ouvrier honnête et sérieux, estimé de tous, admiré par tous, qui a été un parfait honnête homme et dont la vie entière de travail et d'honneur est un exemple vivant.

Il écrit: "Un mineur préfère voir son fils piller les banques, faire le voyou, vendre des cacahuètes plutôt que de le voir descendre à la mine."

Combien me parait révélatrice cette espèce de violence que manifestent les mineurs quand ils parlent de leur métier, de ce qu'on leur a fait subir.

Il n'est pas facile de parler librement,

Le bon ouvrier, c'est celui qui sait prendre des risques, ne pas se plaindre quand il met sa vie en danger et éventuellement celle des autres. Le rapport de complicité avec les thèmes patronaux du rendement et de la productivité explique pourquoi il n'y a pas eu de réactions collectives quand s'est produite une catastrophe minière aussi douloureuse que celle de Liévin en 74, qui a fait 42 morts. Il y a un décalage entre discours syndical sur la sécurité et le fonctionnement réel de la fosse: non respect calculé du règlement sur lesquels la direction, les mineurs ferment les yeux parce que c'est une des conditions du fonctionnement de la fosse tel qu'on l'a imposé au mineur et tel qu'il l'a subi et accepté. Là-dessus je vous renvoie à un autre livre écrit par un mineur André Theret qui s'appelle: "Parole d'ouvrier" et à la très dense préface "La condition du mineur" écrite par François Ewald

(Editions Grasset).

La réussite des patrons des mines, c'est d'avoir borné l'horizon et les pensées du mineur à la mine.

C'est là la grande victoire du mythe avec pour corollaire une certaine pauvreté culturelle: ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de ressources, de talents et de savoir-faire chez les mineurs, mais la possibilité de mettre en oeuvre la fonction utopique, c'est à dire un autre rapport au corps, à l'espace et à l'économie a bel et bien été barrée par cette formidable machine à aliéner les esprits et les corps, qu'à représenté selon moi, la mythologie du monde minier.



[1] Le mot grec anankè veut dire « nécessité » (anankè estin, « il faut ») ; plus précisément, chez les poètes, les tragiques, les philosophes, les historiens, anankè évoque une contrainte, une nécessité naturelle, physique, légale, logique, divine... Ce nom personnifie la Nécessité comme telle, instance inflexible gouvernant le cosmos, sa genèse, son devenir et la destinée humaine (Pythagore, Empédocle, Leucippe, Platon), voire la divinise d'une certaine façon (poèmes orphiques, Parménide). L'Anankè est ce qu'elle est ; pour l'homme grec, c'est temps perdu de l'accuser, démesure (hybris) de regimber contre elle, et pourtant abdiquer serait une faute. Il faut l'assumer dignement, avec piété, comme en témoigne Danaé dans sa prière : « Toi, ô Zeus, ô Père, change notre destin. Mais, si ma prière est trop osée et s'éloigne de ce qui est juste, pardonne-moi ! » (Simonide, fragment 27).

Au XIXe siècle, le terme retrouve une actualité nouvelle chez Victor Hugo. Le mot « Anankè », gravé sur une pierre de la cathédrale, est au centre des méditations de Claude Frollo dans Notre-Dame de Paris (1830). Et, en 1866, Victor Hugo indiquera que trois de ses principaux romans sont unis par le même thème : « anankè des dogmes (Notre-Dame de Paris), anankè des lois (Les Misérables), anankè des choses (Les Travailleurs de la mer) ». Il ajoute : « À ces trois fatalités qui enveloppent l'homme se mêle la fatalité intérieure, l'anankè suprême, le cœur humain » ; il est facile de trouver ici l'annonce d'un thème dominant pour le roman qui va suivre : L’Homme qui rit.

 

[2] Cf les histoires racontées : les rats gros comme des lapins…

[3] Constant Malva dit le mal-être de la vie de mineur. Dans ce monde aux noms tristement évocateurs - le "Brûle", le "Travaillant" - , la résignation et le fatalisme imprègnent l'atmosphère autant que l'humidité, la poussière et le grisou. A la routine abrutissante, aux accidents mortels, s'ajoute la médiocrité humaine. Mineur atypique, l'auteur lutte contre l'avilissement à travers la lecture et l'écriture. Il nous invite à partager les joies poétiques rencontrées dans cette quête. Paris, éditions Maspero, coll. La mémoire du peuple, 1978 - Broché, 14 cm x 22 cm, 203 pages – Texte de Constant Malva - Mémoires d'un mineur du Borinage en Wallonie – Introduction de Bruno Mattéi – Ouvrage annoté par Madeleine Rebérioux - Bon état. Language: eng. N° de réf. du libraire LRB2626

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10 mars 2015

Tout leur appartenait...

            Les barons de la mine ne lais­sent rien au hasard. Tout leur appartient, ils contrôlent tout. Le jardin jouxtant l'habitation du mi­neur, l'appentis transformé en pigeon­nier ne doivent rien à une quelconque philanthropie. Pendant que le chef de famille passe la peu de temps qui lui leste, entre le boulot et le lit, à jardiner son potager où à attendre le retour de ses pigeons, il ne pense pas à autre chose, aux difficultés de la vie, à son exploitation. Et si le dimanche il lui arrive d'aller au stade, c'est la terre de la Compagnie qu'il foule.

            Ses enfants vont à l'école des mines où la prière est de rigueur: "Si on vous frappe sur la joue droite, tendez la joue gauche". Ils feront leurs com­munions dans l'église appartenant aux patrons. Son épouse fait ses courses avec son carnet à la coopérative des mines. Et si la famille a besoin de soins infirmiers, ce sont les bonnes soeurs qui accourent pour piquer les fesses.., et tempérer les esprits velléitaires.

            Dans les cités ce sont les gardes des mines qui font régner l'ordre. Ils vont jusqu'à s'enquérir auprès des familles sur les motivations qui ont conduit le fils à ne point s'embaucher à la mine, à la fin de la scolarité.

Enseignants, médecins, curés, bonnes soeurs, gardes des mines, gérants de la coopérative, responsables de la vie associative, renseignent les patrons de la fosse et soulignent à l'encre rouge tes récalcitrants, les fortes tètes, ceux qui ne plient pas l'échine et préfèrent la fréquentation de la maison du peuple à la messe dominicale­.

            Ce n'est qu'à la suite des nationalisations au lendemain de la guerre que la situation évolue p sitivement, grand pas en avant, les écoles des mines sont intégrées au service laïc de l'Edu­cation nationale. L'église voit une grande partie de son pouvoir discrétionnaire et les infirmiers formés par la Sécurité sociale minière remplacent les bonnes soeurs dans les dispensai­res.

            Toutefois, les patrons des Houillères s'efforcent de poursuivre dans la tradi­tion des barons de la mine. Si le mineur n'est plus mis à l'index, s'il ne rencontre pas l'ingénieur ou le chef porion à la messe de 11 heures, les contacts paternalistes se perpétuent au stade pour supporter la même équipe, à l'harmonie pour jouer le même morceau, au club colombophile pour admirer les mêmes pigeons. Aujourd'hui, ne restent plus que les vestiges de cette organisation et sur­tout un héritage que les communes minières appauvries ont bien du mal à rénover et à gérer.

            Si la plupart des églises et chapelles n'ont pas résisté à la pioche des démolisseurs, les communes ont hérité des stades et équipements sportifs des Houillères. Et puis existe encore des kilomètres de routes défoncées, où l'on peut encore lire en certains en­droits ces plaques bleues envahies par la rouille: "voie privée, circulation in­terdite à toutes personnes étrangères à l'entreprise"... Tout un programme!

Deux acquis à défendre...

         Le logement gratuit n'est pas le moindre des acquis des mineurs et les assises de l'habitat minier qui se sont tenues le 15 octobre dernier à Lens ont constitué un moment important du combat pour la défense des intérêts des habitants des cités minières.

            L'action des comités de défense s'avère efficace. Des cités, des habitations ont été préservées de la destruction, les travaux d'entre­tien et de rénovation ont été menés à bien, la gratuité de loge­ment pour les ayants droit des Houillères préservée ainsi que les loyers modérés pour les locatai­res.

            Même si la mise en place de la société d'économie mixte n'a pu être empêchée, avec ses dangers de privatisation et de remise en cause des droits des habitants, des responsables des comités de défense notent cependant un certain fléchissement des positions du côté des pouvoirs publics. Aux dernières nouvelles le capital de la SEM resterait à fonds publics, la composition des structures de direction respecterait certaines règles démocratiques, d'autres structures seraient mises en place pour permettre une participation des représentants des habitants et des élus à l'élaboration des déci­sions. Pour Norbert Fouquart, un des responsables de l'Association de défense de l'habitat minier, si ces orientations nouvelles étaient confirmées, elles constitueraient une avancée vers l'objectif de gestion publique démocratique, sociale qui est celui de l'Associa­tion. Les comités de défense se­ront à 1'iniüative pour informer et discuter avec les habitants des cités minières de l'évolution de la situation actuelle, de ses possibili­tés et de l'exigence d'intervenir haut et fort.

            En tout état de cause, les élus communistes qui participeront à la Société d'Économie Mixte ne laisseront pas détourner l'institu­tion de son véritable objectif: lo­ger les populations minières dans les meilleures conditions possi­bles. La création de la SEM ne remet pas en cause l'existence des Comités de défense. Ceux-ci demeurent plus indispensables que jamais, pour garantir un fonctionnement démocratique de la nouvelle société.

            Il est de même du droit aux soins gratuits, bien le plus précieux de la corporation minière. De tous temps la préoccupation première avec ses revendications salariales, fut pour les mineurs de disposer de quoi pouvoir se soigner et avec eux leurs familles. Les luttes innombrables ont abouti à la conquête d'un régime qu'envient tous les autres travail­leurs.

            Mais il a fallu de nombreuses lut­tes pour s'opposer à la remise en cause de cet acquis capital pour la protection de la santé d'une cor­poration qui a toujours eu des besoins plus importants que les autres. Aujourd'hui alors que les besoins sont d'autant plus grands que les affiliés sont pour la plupart d'un âge avancé, la lutte contre la mise en pièces du droit aux soins gratuits exige l'action de tous les instants.

L'histoire jugera...

            Que fut l'apport économique de l'industrie charbonnière à la région Nord - Pas de Calais? Enorme! Ai-je répondu d'emblée à mon interlocuteur de "Liberté" qui me posait la question par téléphone en sachant que j'avais suivi durant de longues années ce dossier pour le compte du journal. Sans le charbon, il est évident que le Nord - Pas de Calais ne serait jamais devenu - comme elle l'était encore au seuil des années soixante - la toute première région industrielle du pays, générant une classe ouvrière qui a écrit en lettres de sueur et parfois de sang, une épopée, toujours évoquée avec respect aux six angles de l'hexagone. Si l'on excepte la découverte de l'or noir et son extraction progressive au début du siècle dernier, laissant présager les contours de l'industrialisation de la région, la date clé de la nouvelle aventure du charbon se situe incontestablement au  milieu des années 20.

            C'est l'époque où l'on passe du charbon "pain de l'industrie" à sa reconnaissance de matière première noble, riche et irremplaçable, qui allait bouleverser complètement les données de la chimie moderne. A l'usine de Mazingarbe, le savant Georges Claude[1] effectue à partir du charbon la première synthèse d'ammoniaque. Le résultat de ce travail dépasse le cadre de nos frontières. Il consacre le charbon comme élément de base de la carbochimie et donne une impulsion considérable au développement de l'industrie carbochimique.

            L'industrie de la cokéfaction nourrissant la sidérurgie prend elle aussi un nouvel élan, elle devient, par la valorisation du gaz de four, l'auxiliaire de la chimie. Le charbon de moindre qualité alimente un réseau dense de centrales thermiques produisant l'électricité nécessaire aux activités de l'entreprise, de ses filiales et celles des usines de la région: mécanique, textile, verre, chimie etc...

            Au lendemain de la nationalisation, ces industriels exigeront et obtiendront du gouvernement, le bénéfice de tarifs préférentiels pour toutes les productions des Houillères: coke, charbon, électricité. On le voit, les cadeaux aux patrons ne sont pas invention du moment et on sait l'usage qu'ils en ont fait.

            A Mazingarbe, poursuivant dans la tradition des pionniers, les chercheurs réussissent dans les années soixante et toujours à partir du charbon à produire de l'eau lourde. Une invention qui fit accourir le Général de Gaulle - alors président de la république - sur le site. Ce jour-là, il élève solennellement Mazingarbe et son centre de recherche au rang de pilote de l'an 2000. Les chercheurs profitent de la présence du chef de l'état pour lever le voile sur la mise au point d'un carburant "le carbojet", dont l'octane est supérieur à celui du kérogène.

Une politique calculée, voulue, délibérée

            Si l'on ajoute les deux essais de gazéification du charbon en grande profondeur réalisés au 6 d'Haillicourt et sur le site de la Haute Deûle, on se rend compte que la région disposait d'atouts pour exploiter et valoriser le charbon autrement que par les procédés traditionnels.

            Le rapport de synthèse sur l'essai de Haillicourt se concluait en ces termes:

"Cette façon d'atteindre le gisement profond présente bien des avantages. Bien sûr, cette formule est soumise à la préservation des structures d'étages existantes au moment de l'arrêt de l'exploitation. Il serait intéressant de faire le point dès maintenant des galeries d'accès à conserver dans le but d'envisager cette forme d'approche du gisement profond". Pour toute réponse à cet appel à la sagesse, les Houillères répondent par l'accélération du remblayage de tous les puits fermés et le dynamitage des chevalements.

            Pourquoi, tant de richesses ainsi sacrifiées? Sommes-nous en présence d'imprévoyance, d'erreurs d'appréciation? Absolument pas. Tout a été étudié, programmé. Il s'agit de la mise en oeuvre d'une politique froidement calculée, voulue, délibérée. Elle a été concoctée au plan européen par la Communauté européenne du charbon et de l'acier [CECA] au profit de la concurrence: les très puissantes compagnies pétrolières. Elle fut appliquée avec zèle par les gouvernements qui se sont succédés sous les septennats de de Gaulle, Pompidou, Giscard d'Estaing et Mitterrand. Et si la liquidation a été parfois ralentie, on le doit à la résistance des mineurs et des populations du bassin minier, à leurs organisations syndicales, aux actions menées par les communistes.

            Avec la fermeture du puits 9 d'Oignies, tous ceux qui concourent au consensus poussent un véritable ouf! de soulagement. "La dernière page de l'épopée charbonnière est tournée", titre en harmonie l'ensemble des médias... Il serait plus judicieux d'écrire: "ils ont fermé la dernière page de l'épopée charbonnière". Un "ils" qui englobe indistinctement ceux qui avalisèrent cette néfaste politique et qui font mine aujourd'hui de verser une larme de crocodile sur le sort des malheureux mineurs. Comme en bien d'autres circonstances l'histoire se chargera de juger.

André DEMAREZ[2]  "Liberté" 23 décembre 1990

 

Mardi 1 janvier 2013

Les « faiseurs d’illusion » ne font plus rêver André Démarez !

Anciens journaliste à Liberté et dirigeant fédéral du PCF du Pas-de-Calais, fondateur de l’association Mémoires et Cultures de la Région minière, André Démarez a, un demi-siècle durant, sillonné le « Pays noir ». A 78 ans, cet habitant d’Eleu-dit-Leauwette livre un plaidoyer sans concession contre les « faiseurs d’illusions » qui, dans la foulée de l’avènement du Louvre à Lens, osent encore clamer la vocation touristique d’un Bassin minier dont il conserve une connaissance encyclopédique. Ici, on n’a pas la mémoire courte...

 Que vous inspire l’avènement du Louvre à Lens ?

Le meilleur et le pire. Le Louvre Lens est une réalisation artistique importante. La première conséquence de son implantation a toutefois été l’instauration du stationnement payant à Lens ; ce qui à l’époque d’André Delelis, le précédent maire, n’aurait pas été envisageable. Il y avait bien un problème de circulation à Lens, mais je n’ai jamais eu de difficulté pour me garer. Les habitants vont aussi le sentir sur leur feuille d’impôts. Bien que ce soit un musée d’Etat, le fonctionnement du Louvre pèsera sur les épaules du Conseil régional, du Département et de la Communauté d’Agglomération de Lens- Liévin. Les gens du cru paieront donc trois fois. Mais le plus grave, c’est que Guy Delcourt, le maire PS de Lens, prétend que ce musée va assurer le redressement économique de la région. Aujourd’hui, le Louvre Lens, c’est 70 emplois dont 30 en CDD. Les socialistes nous avaient déjà fait le coup avec le Tunnel sous la Manche susceptible de contribuer à la création de 100.000 emplois et aussi le Train à grande Vitesse censé conforter la région comme carrefour de l’Europe. Or, le Calaisis est le secteur le plus touché par le chômage et le TGV sert surtout les Nordistes qui se rendent à Paris, et non l’inverse. Ces grands chantiers sont porteurs d’illusions. Les gens oublient vite, même si, cette fois-ci, ils ne semblent pas dupes.

Le tourisme au secours du Nord-Pas-de-Calais, vous n’y croyez pas ?

Dans les années 1980, le PS, en s’appuyant sur le rapport Ten, suggérait déjà que l’avenir de la région, c’était non seulement le Tunnel, le TGV, mais aussi le Tourisme (les fameux trois « T »). Où en sommes-nous aujourd’hui ? Il existe bien un tourisme de mémoire lié à la Première Guerre mondiale, à Lorette ou Vimy, mais il n’est pas vraiment joyeux. Il y a de belles réussites sur le littoral comme Nausicaa à Boulogne-sur-Mer, mais le climat et nos richesses naturelles hormis peut-être le site des deux caps ne confèrent pas à notre région une dimension touristique. Nous ne serons jamais la Côte d’Azur !

On fonde beaucoup d’espoir sur le récent classement du Bassin minier à l’UNESCO ?

Les beffrois nordistes ont eu aussi été classés au Patrimoine mondial. Ca a ramené quoi ? Rien hormis de la lumière et de la notoriété pour certains...

L’inauguration du Louvre Lens a été l’occasion d’un hommage aux mineurs. Qu’en pensez-vous ?

A travers la mise en scène des mineurs en tenue ou de veuves, le PS joue sur les clichés et la carte de la nostalgie comme s’il éprouvait un sentiment de culpabilité à l’égard de cette corporation.

Qu’entendez-vous par là ?

A partir des années 1950, dès l’époque du plan Schumann, puis de la Communauté économique du Charbon et de l’Acier (CECA), les socialistes ont joué la carte de la fin progressive de l’exploitation charbonnière, dans le cadre de la construction européenne. Avec la Droite, le PS a fait le choix du « tout pétrole ». La fermeture des premiers puits à l’ouest du Bassin minier du côté d’Auchel, date de cette période. C’est le PCF et, sur le plan syndical, surtout la CGT et la CFTC qui ont mené la bataille pour l’empêcher. A l’époque, les socialistes accusaient les communistes de s’accrocher aux blocs de charbon comme une moule à son rocher. Plus tard, à Beuvry, Noël Josèphe, l’ancien président du conseil régional, avait même inauguré une stèle célébrant la fin du Charbon, en présence de Léonce Déprez, le maire de droite du Touquet ! Le Bassin minier, c’était par ailleurs un bastion du PCF et de la CGT. Mettre fin au Charbon, c’était aussi affaiblir ces organisations. Cette raison politique a certainement joué. Certes, à l’actif du PS et aussi en lien avec les luttes menées par les mineurs, on doit reconnaître que ce repli s’est fait dans l’ordre, sans licenciement sec. Des mineurs ont ainsi retrouvés du travail à EDF ou sur le chantier du Tunnel, ou bénéficiaient de préretraites...

D’autres choix étaient-ils envisageables ?

Oui, car dans le cadre de la reconversion, on a remplacé une mono industrie par une autre. Et l’automobile, c’est très aléatoire... Bien entendu, la profondeur des veines de houilles aurait rendu difficile l’exploitation traditionnelle sur le long terme. Mais les Charbonnages possédaient cependant d’autres atouts dont un service de recherches (CERCHAR) à Creil, né à la Libération. Les ingénieurs y développaient des études prospectives sur le matériel des Mines. Tout cela a été anéanti. La filière carbochimique, avec l’usine de Mazingarbe comme fleuron, a aussi été sacrifiée. Des expériences de gazéification du charbon avaient par ailleurs été menées, à Haillicourt et à Annay-sous-Lens, à la fin des années 1970. Elles se sont avérées concluantes mais ont été abandonnées sous prétexte d’un coût trop élevé. Le savoir-faire a été vendu aux... Allemands. Les recherches autour de l’exploitation du grisou ont aussi été soudainement abandonnées. J’ai le sentiment que l’on n’a pas utilisé toutes les possibilités offertes par le charbon !

Quelle serait aujourd’hui la solution pour sortir du marasme ?

Il faut mener une politique volontariste de réindustrialisation. De Gaulle l’avait fait en imposant la Française de Mécanique à Douvrin-Billy-Berclau. La région bénéficie par exemple d’un fort potentiel ferroviaire qui pourrait être développé, avec des PME en sous-traitance. L’industrie chimique pourrait aussi être développée. Si on ne fait pas le choix de la réindustrialisation, on court à la catastrophe. Aujourd’hui dans les cités minières, des veuves de mineurs ne perçoivent pas de grosses retraites, mais conservent les rentes de silicose. Souvent, les enfants, les petits-enfants dans le besoin en profitent. Quand elles disparaîtront, ça risque d’être terrible...

Propos recueillies par Jacques KMIECIAK

 

[1] 1870-1960 - physicien et chimiste français. Il fut un inventeur industriel et praticien remarquable par l’étendue et la diversité de ses travaux. Plusieurs de ses découvertes ont mené à la fondation de la société Air liquide, mais ayant collaboré avec les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, son prestige en souffrira.

[2] Né à Lens en juillet 1934, André Démarez, peintre décorateur de formation, a été lettreur à la Coopérative centrale du Pays minier (CCPM) avant d’être embauché par le journal Liberté à Lille. Il y devient rapidement journaliste et responsable des éditions du Pas-de-Calais. Membre du secrétariat fédéral du PCF du Pas-de-Calais de 1968 à 1977, en charge de la propagande, « il prit durant de longues années une part prépondérante à la campagne contre la liquidation du bassin minier », explique l’historien du PCF du Pas-de-Calais, Christian Lescureux qui rédigea sa biographie pour le Dictionnaire Maîtron du mouvement ouvrier. En 1977, André Démarez est nommé correspondant de l’Humanité en Pologne ; Edward Gierek, le chef d’Etat d’alors qui avait, dans l’entre-deux-guerres, travaillé comme mineur à Leforest, souhaitant à ce poste un journaliste originaire du Pas-de-Calais. Sur les bords de la Vistule, André Démarez joue aussi le rôle d’ambassadeur du PCF auprès des autorités polonaises. A son retour en France en 1979, il réintègre la rédaction de Liberté. Il y termina sa carrière en 1989. En 1994, André Démarez est l’un des fondateurs de l’association Mémoires et Cultures de la Région minière.

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